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La filière du végétal ornemental évolue aujourd’hui dans un environnement économique et géopolitique profondément transformé. Produits périssables, fortement internationalisés et sensibles aux coûts de production comme aux contraintes sociétales, fleurs et plantes dépendent plus que jamais de chaînes logistiques performantes, résilientes et technologiquement avancées. 

Dans ce contexte, les enseignements tirés à la fois du rapport annuel 2025 de Royal FloraHolland et croisés avec ceux d’une interview de Jack Goossens – producteur, membre de Royal FloraHolland et président du comité de production ornementale de l’AIPH – réalisée l’été dernier pour FloraCulture International expliquent que la logistique n’est plus un simple support opérationnel, elle devient un facteur stratégique de compétitivité pour l’ensemble de la filière du végétal. 

 [Durée de lecture : 18 minutes]

À l’échelle mondiale, une filière marquée par de fortes tensions structurelles

Le végétal ornemental est l’un des secteurs agricoles les plus exposés aux chocs externes. La hausse des coûts de l’énergie, de la main-d’œuvre et celle des intrants (matériel végétal, substrats, engrais, traitements bio, emballages), etc. contribue tout autant que l’énergie et la main-d’œuvre à la hausse des coûts enregistrée à ce jour. A cela s’ajoutent la dépendance au fret international, les contraintes environnementales et les attentes sociétales croissantes. Toutes redéfinissent en profondeur les conditions de production et de commercialisation.

Aux Pays-Bas, plateforme mondiale historique du commerce de végétaux, ces tensions se traduisent par une pression croissante sur un modèle qui se réinvente pour rester compétitif. Les limites du réseau électrique, la remise en cause de certaines pratiques phytosanitaires pourtant légales et les propos véhiculés par les médias concernant la pollution de l’eau par les nitrates et produits chimiques et dans une seconde mesure les émissions liées au transport aérien, impactant l’opinion publique, fragilisent la production et le fonctionnement du commerce de végétaux néerlandais. À terme, cela pourrait accélérer les arbitrages vers des cultures moins énergivores ou des relocalisations partielles de la production.

Parallèlement, de nouvelles puissances productrices gagnent en importance. La Chine illustre cette dynamique avec une montée rapide en gamme de sa production horticole, des investissements massifs dans les infrastructures de transport et une diversification des routes logistiques (aérien, ferroviaire, maritime). Cette recomposition de la géographie mondiale de la production et du commerce de végétaux renforce la concurrence entre les grands pays producteurs.

Royal FloraHolland : une infrastructure économique mondiale d’organisation des flux de végétaux

Royal FloraHolland joue un rôle central dans la structuration du marché et de la logistique à l’échelle internationale. La coopérative structure les échanges entre producteurs et acheteurs à l’échelle internationale, en combinant ventes physiques, transactions numériques et services logistiques intégrés.
Le rapport annuel 2025 de Royal FloraHolland met en évidence une orientation stratégique claire : adapter la plateforme aux nouveaux équilibres mondiaux. La montée en puissance de Floriday et des flux commerciaux Sud-Nord ne transitant pas par les Pays-Bas reflète une nouvelle réalité économique : les flux de végétaux sont de plus en plus mondialisés et ne transitent plus nécessairement par un hub unique.

L’investissement massif de Royal FloraHolland dans les infrastructures logistiques et immobilières – près de 1,7 milliard d’euros programmés sur quinze ans – vise à améliorer la fiabilité, la productivité et la durabilité des flux existants. Le passage à une logistique pilotée via une technologie avancée permet déjà d’atteindre des niveaux de service élevés, avec plus de 98 % de livraisons dans les délais.

Pour Royal FloraHolland, l’enjeu est majeur : accéder à une plateforme capable d’absorber la volatilité des volumes, de sécuriser les transactions et de réduire les coûts de coordination dans un contexte de chaînes d’approvisionnement fragilisées.

Digitalisation et données : vers une reconfiguration des modèles économiques

Le développement de plateformes numériques, à l’image de Floriday, modifie en profondeur les relations commerciales. Les acheteurs initient de plus en plus les transactions, les ventes deviennent moins dépendantes du temps et du lieu, et les producteurs gagnent en visibilité directe sur la demande.

Cette évolution ouvre de nouvelles opportunités pour les échanges Sud-Sud ou Est-Est, notamment entre l’Afrique et l’Asie, sans transit systématique par l’Europe. Pour les entreprises du végétal, cela implique un changement de posture : la compétitivité ne repose plus uniquement sur la production, mais aussi sur la capacité à s’insérer dans des écosystèmes numériques performants, à maîtriser les données commerciales et à adapter leurs offres logistiques. On peut envisager dans un proche avenir des flux entre le Kenya et le Moyen-Orient, passant quand même numériquement par les Pays-Bas compte tenu de leurs capacités à gérer ces transactions commerciales et financières basées sur une gestion de la donnée performante.  La logistique directe pourra en revanche être gérée ou pas indépendamment.

La future force des Pays Bas ne sera plus seulement dans son expérience logistique, mais surtout dans son avantage concurrentiel en matière de numérique où les Pays-Bas ont gagné de l’avance par rapport aux autres pays (à l’exception peut-être de la Chine).

Crédit photo : Magda Ehlers / Pexels

Logistique et durabilité deviennent indissociables

La question environnementale concerne désormais l’ensemble de la chaîne de valeur. Transport, énergie, infrastructures et certifications deviennent des déterminants directs de l’accès aux marchés. Royal FloraHolland a intégré cette dimension comme un levier de compétitivité, avec une part croissante de ventes certifiées et des investissements visant à réduire l’empreinte carbone des opérations logistiques.

Dans le même temps, les contraintes liées à la durabilité influencent les choix variétaux. La capacité des fleurs et plantes à supporter des transports plus longs ou alternatifs (maritime, ferroviaire) devient un critère de sélection majeur. La logistique agit ainsi comme un moteur d’innovation en amont, depuis la sélection jusqu’à la phase post-récolte.

Quels enjeux concrets pour la filière du végétal ?

Pour l’ensemble des acteurs – producteurs, grossistes, plateformes, distributeurs – plusieurs enjeux structurants se dégagent :

  • sécuriser des chaînes logistiques plus résilientes, en diversifiant les routes et les modes de transport ;
  • intégrer pleinement les outils numériques pour accéder aux marchés et réduire les coûts de transaction ;
  • adapter les modèles de production aux contraintes énergétiques et environnementales ;
  • repenser la compétitivité non plus seulement à l’échelle de l’exploitation, mais à celle du système logistique, numérique et commercial dans son ensemble.

La filière du végétal entre ainsi dans une phase où la capacité à s’organiser collectivement, à investir dans des infrastructures partagées et à anticiper les mutations logistiques conditionnera la création de valeur à long terme.

La logistique et la maîtrise des données, longtemps considérées comme un simple maillon intermédiaire, deviennent un véritable actif stratégique au service de la résilience et de la compétitivité de toute la filière.