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En outre, sensibiliser les individus sur les effets environnementaux de la diminution de la présence de végétaux ne suffit pas ; il convient d’avoir des informations actionnables. Informer sur les épisodes récents et concrets de changement climatique dans le pays influence aussi les préférences en matière de végétaux.

Cet enseignement apporte un éclairage intéressant sur la valeur ajoutée apportée par les recommandations de végétaux, comme la liste des plantes mellifères qui a été réalisée dans le cadre de la semaine des fleurs pour les abeilles.

[Durée de lecture : 31 minutes]

En 2023, des chercheurs anglais et tchèques ont réalisé une étude statistique dont l’objectif principal était d’identifier dans quelle mesure nous pouvons influencer les choix de plantation des possesseurs de jardins, afin de les inciter à privilégier les caractéristiques des plantes liées à une meilleure contribution aux services écosystémiques de régulation et pas uniquement les qualités esthétiques.

Méthodologie

Un sondage grand public a été mené en ligne du 13 novembre au 11 décembre 2023 sur leurs choix de végétaux. Plus précisément, il s’agissait de connaître les préférences des gens en matière de plantes lorsqu’ils reçoivent des informations relatives aux services écosystémiques potentiels que les plantes apportent. 500 personnes ont répondu au questionnaire. La diffusion a été faite via des listes de contacts notamment de l’Université de Reading (UK), de réseaux (ex : réseaux sociaux) tels que ceux des auteurs et de leurs collègues.

419 réponses complètes ont été reçues et utilisées pour l’analyse. La proportion de réponses provenant de femmes ou de personnes titulaires d’un diplôme universitaire était plus élevée que dans la population générale d’Angleterre et du Pays de Galles.

Des informations démographiques sur ces personnes ont été recueillies et leur intérêt pour le jardinage a été évalué ainsi que le temps qu’elles y consacrent afin de comprendre les attitudes, comportements et de corriger d’éventuels biais dans notre échantillon.

Les individus ont aussi répondu à des questions sur leurs préoccupations concernant le changement climatique et leur niveau de formation/compétences horticoles et leurs impacts environnementaux.

2 groupes formés pour un niveau de recommandation différent

Les personnes ont été réparties aléatoirement en deux groupes : un groupe « information sur le contexte environnemental » (208 individus) que nous appellerons dans cet article « information contexte » et un groupe « information relative à l’action » (211 individus) que nous nommerons « information action ».

Les deux groupes ont répondu aux mêmes questions, mais ont reçu, au milieu du questionnaire, des informations différentes concernant les bienfaits environnementaux de certains végétaux et les inondations.

Ainsi, le groupe « information contexte » a reçu des informations sur les impacts du changement climatique et l’augmentation du risque d’inondation liée au remplacement des plantes par des surfaces imperméables dans les jardins.

Le groupe « information action » a reçu une version abrégée de ces informations systémiques (afin de maintenir une durée similaire pour les deux types d’enquêtes) ainsi que des recommandations sur l’utilisation de plantes aux caractéristiques spécifiques pour réduire les risques d’inondation localisés et la pollution atmosphérique dans leurs jardins. Ces recommandations se présentaient sous forme de suggestions de plantation simples, basées sur des informations spécifiques à chaque plante.

Les taxons choisis pour l’étude

À travers le questionnaire, il a été demandé aux participants leur préférence parmi six plantes :

* Pseudodictamnus mediterraneus (Ballote faux dictamne) (A)*, *Verbena bonariensis* (Verveine de Buenos-Aires) (B),

Choix de taxons pour recommandations végétal - A et B

*Oenothera lindheimeri ‘Whirling Butterflies’ (Gaura Whirling Butterflies) (C), *Heuchera ‘Obsidian’ (Heuchère Obsidian) (D),

Choix de taxons pour recommandations végétal - C et D

* Stachys byzantina* (Oreille de Lapin) (E) et *Erysimum ‘Bowles’s Mauve’ (Giroflée Bowles Mauve) (F).
Choix de taxons pour recommandations végétal

Tous les taxons végétaux ont été présentés en ligne aux participants par des photos.

Les participants ont été également interrogés sur leurs connaissances préalables sur les caractéristiques des plantes et leur compréhension de leur capacité à améliorer leur environnement local (services écosystémiques). Ces données ont permis d’établir le niveau de connaissances initial de chaque participant en matière de végétaux et d’identifier l’impact potentiel des informations et des recommandations.

Crédit photo : Royal Horticultural Society et auteurs de l’étude

Connaissance en matière des bienfaits environnementaux des végétaux

Après avoir reçu les informations relatives au « contexte environnemental » ou à l’« action », il leur a été demandé d’en tenir compte lors d’un nouveau choix de taxon. Les deux types d’informations fournies ne mentionnaient aucun taxon végétal et ne contenaient aucune suggestion taxonomique ; elles portaient uniquement sur le changement climatique pour le « groupe contexte » ou sur des recommandations basées sur les caractéristiques des plantes pour le « groupe action ».

Dans ce dernier cas, il a été indiqué que certains types de plantes à feuilles duveteuses pouvaient (pas de façon catégorique, d’autres facteurs pouvant intervenir) contribuer à capter l’eau de pluie et les polluants atmosphériques, ou présenter des taux de transpiration élevés. Les taxons qui seraient concernés par ces services écosystémiques seraient donc les végétaux A, C ou E.

Une échelle de à cinq points a été utilisée pour évaluer les préférences des participants en matière de plantes et leurs opinions sur les jardins, les plantes et l’environnement.

70% des répondants déclarent apprécier le jardinage ou se considèrent comme des jardiniers.

41 % disposent d’une formation/de compétences en horticulture, en jardinage ou en sciences de l’environnement. 29 % jardinent entre 1 et 3 ha par semaine, 23% jardinent moins d’1 h par semaine, 21% jardinent entre 3 et 7 h par semaine, 15% jardinent plus de 7 h par semaine et 13% ne jardinent jamais. La plupart des participants de chaque groupe d’information vivent dans une propriété avec jardin (87 % dans le groupe « information systémique » et 85,8 % dans le groupe « information pratique »).

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Corrélation jardinage-connaissance de l’impact environnemental des plantes

L’analyse statistiques des résultats met en lumière des corrélations entre plusieurs indicateurs.

Tout d’abord, les personnes qui passent plus de temps à jardiner sont plus enclins à se considérer comme jardinier et avoir des connaissances en horticulture.

Les participants qui se considèrent comme jardiniers ou qui apprécient le jardinage sont relativement plus conscients des bienfaits des plantes de jardin pour la faune sauvage, la prévention des inondations, l’atténuation du bruit et le rafraîchissement urbain que ceux qui ne se considéraient pas comme jardiniers.

Un niveau d’études supérieur et une formation/des compétences en horticulture ou équivalente/s sont associés à une meilleure compréhension de la capacité des plantes à réduire les risques d’inondation, la température et le bruit.

La majorité des participants, tous groupes d’âge confondus, reconnaissent que les plantes peuvent, dans une certaine mesure, fournir divers services écosystémiques. Toutefois, l’âge influence positivement le niveau de connaissance des services écosystémiques apportés par les végétaux. Ainsi, les 45-54 ans ont un meilleur niveau de connaissance dans ce domaine.

Les répondants sont partagés en ce qui concerne la préférence pour les plantes à aspect duveteux (34% ne répondent ni « je suis d’accord » ni « je ne suis pas d’accord » quand on leur demande s’ils ont une préférence pour ce type de plante). Les consommateurs sont aussi partagés sur l’impact possible de cette caractéristique sur l’environnement. Les personnes disposant d’une formation/de compétences en horticulture ou équivalente, celles qui apprécient le jardinage et consacrent un nombre élevé d’heures par semaine au jardinage connaissent davantage l’impact de ces types de végétaux sur l’environnement.

Les bienfaits sur la transpiration des végétaux sont davantage connus chez les participants âgés de 65 ans et plus.

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Recommandations et reconnaissance de l’influence des végétaux

Rappelons que le groupe « information contexte » a reçu des informations sur les impacts du changement climatique et l’augmentation du risque d’inondation liée au remplacement des plantes par des surfaces imperméables dans les jardins. Le groupe « information action » a reçu une version abrégée de ces informations systémiques ainsi que des recommandations sur l’utilisation de plantes aux caractéristiques spécifiques pour réduire les risques d’inondation localisés et la pollution atmosphérique dans leurs jardins. 

Dans le groupe « information relative à l’action » suite à la diffusion des informations, davantage de personnes ont été incitées à valoriser les plantes pour leur potentiel d’atténuation des inondations, modifiant ainsi leurs réponses de manière plus significative que celles ayant reçu uniquement des informations sur le contexte environnemental. 

En revanche, diffuser des recommandations sur l’utilisation de certaines plantes pour réduire la pollution atmosphérique dans les jardins n’a pas incité le groupe ayant reçu cette information à valoriser davantage ces plantes par rapport à l’autre groupe.  

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Les individus modifient leurs préférences en matière de végétaux après avoir été informés sur les espèces pouvant avoir des bienfaits environnementaux

Avant de recevoir des informations complémentaires, les participants ont été invités à choisir les taxons végétaux qu’ils préféraient. Les végétaux qui ont été les plus choisis sont Erysimum (131 votes), Oenothera (111 votes), puis Verbena (101 votes).

Les résultats de l’étude montrent que les participants ont ensuite modifié leurs préférences en matière de taxons après avoir reçu les informations sur les enjeux de diminution de la présence de végétaux dans les deux groupes, et dans le groupe « information pratique pour passer à l’action » après avoir reçu les informations sur les bienfaits environnementaux de certains végétaux duveteux.

Dans le groupe informé que certains végétaux avec un aspect duveteux pouvaient avoir un impact sur l’environnement, les individus ont été moins nombreux à choisir *Verbena bonariensis* (B) et *Erysimum ‘Bowles’s Mauve’ (F) (qui n’ont pas d’aspect duveteux) tandis qu’ils ont été plus nombreux à préférer * Pseudodictamnus mediterraneus (A)* (ayant un aspect duveteux).

Autre enseignement important : la majorité des individus du groupe « information action » (58%) qui ont donc reçu des recommandations pratiques sur les végétaux pouvant avoir des effets environnementaux, ont modifié leurs choix de végétaux suite à la diffusion de cette information. En revanche, la majorité des personnes (64%) qui ont été sensibilisées aux effets environnementaux négatifs de la diminution de la présence de végétaux n’ont pas modifié leurs préférences.

Les participants ont été interrogés sur les facteurs à l’origine de ce changement de préférence. Les résultats confirment que les caractéristiques taxonomiques associées à des bénéfices environnementaux accrus ont influencé significativement le changement de préférence dans le groupe « information relative à l’action ».

Les qualités esthétiques des plantes lorsque les photos ont été présentées n’ont pas influencé de façon significative des différences de choix des végétaux. Les informations relatives aux taxons qui convenaient mieux aux jardins des participants n’ont pas non plus influencé de façon significative les choix. En revanche, informer les individus sur les faits relatifs au changement climatique au Royaume-Uni, par exemple les vagues de chaleur et les récentes inondations soudaines a constitué un changement de préférence de végétaux.

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Préoccupation environnementale et changement de préférence de taxons

Afin d’étudier les comportements et les intentions pro-environnementaux, les participants ont été interrogés sur leur volonté de sélectionner des espèces végétales à l’avenir en raison de leurs bienfaits environnementaux. Les réponses ont été comparées au niveau d’inquiétude exprimé par les participants concernant le changement climatique, ou à la mesure dans laquelle ils se sentaient affectés par celui-ci.
La majorité des participants de chaque groupe ont affirmé être préoccupés par le changement climatique (95 % dans le groupe « information contexte » et 96 % dans le groupe « information action ») et en avoir subi certains effets directs (70 % dans le groupe « information contexte » et 69 % dans le groupe « information action »).

Les résultats du travail de recherche montrent que les personnes préoccupées ou affectées par le changement climatique sont significativement plus disposées à sélectionner des plantes à l’avenir en raison de leurs bienfaits environnementaux, quel que soit le groupe.

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Conclusions de l’étude et exemples dans la filière française du végétal

« Les connaissances pratiques ont considérablement accru la probabilité que les participants modifient leurs préférences de plantation en faveur de plantes capables d’atténuer les inondations et de réduire la pollution atmosphérique. Les informations fournies dans le questionnaire, notamment celles relatives aux caractéristiques des plantes et à leurs effets bénéfiques sur l’environnement, ont été associées à ce changement de préférence. Par ailleurs, les participants préoccupés par les impacts du changement climatique, ou qui en avaient déjà fait l’expérience, étaient nettement plus enclins à choisir des plantes offrant des avantages environnementaux futurs. Cet effet, indépendant des connaissances systémiques ou pratiques, pourrait être exploité pour encourager le choix de plantes respectueuses de l’environnement dans les jardins privés. »

Chaque année, VALHOR organise en partenariat avec l’OFA « La semaine des fleurs pour les abeilles ». Le kit de communication comprend une liste de 200 plantes attractives pour les pollinisateurs.

Floriscope, plateforme développée par Plante & Cité pour aider les professionnels du végétal dans leur choix de végétaux et pour accompagner les clients, partage des listes d’inspiration : par exemples, 180 Arbres tolérant les inondations temporaires et Arbustes résistants à la chaleur,