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Crédit Photo : Armin Huber / ©MESSE ESSEN GmbH

Réunissant près de 1 400 exposants issus à 70 % de l’international, le salon a couvert l’intégralité de la chaîne de valeur : plantes, technologies de production, distribution, fleuristerie, aménagement paysager et services associés, sous la devise « Une infinité de variétés vertes ».

Au-delà de l’offre produit, les échanges ont porté sur les stratégies d’adaptation d’un secteur confronté à de profondes mutations économiques, environnementales et sociétales.

[Durée de lecture : 22 minutes]

Un contexte économique et sectoriel sous tension

L’édition 2026 s’inscrit dans un environnement complexe. La hausse durable des coûts de l’énergie, des matières premières et de la main-d’œuvre pèse lourdement sur les producteurs, tandis que les comportements de consommation évoluent. La conférence d’ouverture a souligné le caractère non linéaire de la conjoncture, influencée par des facteurs politiques, climatiques et géopolitiques. Dans ce contexte incertain, IPM ESSEN demeure un moment clé pour analyser les tendances, partager des solutions concrètes et redéfinir les priorités. 

L’économie allemande, pays hôte, amorce un tournant stratégique marqué par une augmentation de la dépense publique après des décennies de rigueur budgétaire. Cette évolution vise à soutenir l’investissement et la consommation intérieure afin de réduire la dépendance aux exportations. Après une croissance limitée en 2025, l’Allemagne pourrait retrouver une dynamique plus soutenue en 2026–2027. Toutefois, des défis structurels persistent : pénurie de main-d’œuvre, stagnation de la productivité, inflation encore élevée et fragilité du secteur industriel.

 

Évolution de la production horticole en Allemagne

Les statistiques publiées par le ZVG et Destatis confirment une baisse structurelle de la production horticole allemande. En 2025, le nombre d’exploitations et les surfaces cultivées poursuivent leur recul, tendance amorcée depuis plusieurs années. Les plantes d’intérieur sont particulièrement touchées, avec une diminution de production de plus de 20 % depuis 2021, principalement en raison des coûts énergétiques.

À l’inverse, les plantes à massif, de balcon et les vivaces demeurent le segment dominant. Les fleurs coupées et les produits de pépinière enregistrent également une contraction des surfaces, même si ces dernières restent essentielles pour les marchés de l’ornement, du reboisement et de l’aménagement paysager.

Sur le plan commercial, l’Allemagne affiche un déficit structurel très élevé pour les végétaux d’ornement (1,9 milliard d’euros), notamment pour les fleurs coupées et les plantes d’intérieur, confirmant sa forte dépendance aux importations européennes et internationales. (Voir aussi les chiffres Eurostat  et  notre focus sur le marché horticole en Allemagne )

Crédit photo : Schuchrat Kurbanov / ©MESSE ESSEN GmbH

Un salon structuré par segment de marché et innovation

Les sept halls du salon IPM Essen 2026 étaient organisés par thématique, facilitant la lecture de l’offre. Les espaces végétaux mettaient en avant la diversité des plantes, avec un accent fort sur les variétés résistantes au changement climatique, sobres en eau et faciles d’entretien. Les technologies, concentrées dans les halls 3, 4 et la galerie, ont présenté des solutions d’optimisation des ressources, de robotisation et de numérisation, illustrant la montée en puissance de l’intelligence artificielle et de la collecte de données dans les processus de production.

La fleuristerie et le commerce de détail ont occupé une place centrale avec des démonstrations artistiques, des concours et des concepts de points de vente innovants axés sur l’émotion, la durabilité et l’expérience client.

De nouveaux espaces, comme la Woodland Arena, ont mis en lumière le rôle croissant des arbres et arbustes dans la résilience urbaine et la qualité de vie. Les concepts de végétalisation adaptés au climat sont de plus en plus au centre des préoccupations – un levier essentiel pour ouvrir de nouvelles perspectives au secteur et renforcer son rôle dans la sphère publique et politique.

Crédit photo : Armin Huber / ©MESSE ESSEN GmbH

Une forte dimension collective

internationale

Les stands communs nationaux ont constitué un atout majeur du salon. Quatorze pavillons représentant treize pays ont illustré la diversité des modèles horticoles et des stratégies d’exportation.

Les Pays-Bas, l’Espagne, la Belgique, la France, la Pologne, la Turquie et le Danemark figuraient parmi les plus visibles, chacun mettant en avant ses spécificités : innovation variétale, marketing, durabilité, production à grande échelle ou encore savoir-faire des pépiniéristes.

La progression rapide de certains pays, comme la Pologne ou la Chine, témoigne d’un repositionnement des équilibres européens et mondiaux dans l’horticulture ornementale.

Crédit photo : Armin Huber / ©MESSE ESSEN GmbH

Tendances végétales et innovations primées

Le concours IPM Essen 2026 a récompensé huit nouvelles variétés illustrant les grandes tendances du marché : compacité, résistance climatique, polyvalence d’usage, valeur ornementale et parfois comestible. Les plantes ligneuses, les vivaces résistantes à la sécheresse et les fleurs coupées à forte valeur ajoutée ont été particulièrement mises à l’honneur.

Le Show Your Colours Award a souligné l’importance croissante du storytelling et du marketing végétal, montrant que la réussite commerciale repose désormais autant sur le concept que sur la qualité horticole.

Légende et crédit photo : Senetti Blue Spoon – SUNTORY FLOWERS

Intrants, durabilité et transition réglementaire

Les intrants ont occupé une place centrale dans les discussions. Les pots et emballages plastiques évoluent vers des systèmes réutilisables, recyclés ou issus de matières alternatives, bien que les investissements nécessaires ralentissent leur adoption. Le nouveau règlement européen sur les emballages (PPWR) renforce la pression réglementaire à partir de 2026.

La réduction de la tourbe apparaît irréversible principalement au Royaume-Uni et en Allemagne, sous l’effet conjugué des contraintes environnementales, des exigences de la distribution et des difficultés d’approvisionnement. Les substrats alternatifs progressent, mais nécessitent des adaptations techniques complexes tout au long de la chaîne.

La robotisation, la mécanisation et les logiciels de gestion intégrée, portés par l’IA, se généralisent, mais leur déploiement reste freiné par les capacités d’investissement et la disponibilité des compétences. En parallèle, la protection biologique intégrée et les biostimulants s’imposent comme des leviers clés pour réduire l’usage des produits chimiques.

Crédit photo : Armin Huber / ©MESSE ESSEN GmbH

Événements, talents et perspectives

Les forums, centres d’innovation et concours ont confirmé la richesse du programme IPM ESSEN 2026. Les thématiques de végétalisation urbaine, de durabilité, de transmission des savoirs et d’attractivité des métiers ont occupé une place croissante. La promotion des jeunes talents et des nouveaux entrepreneurs reflète la volonté du secteur de préparer l’avenir.

Enfin, certaines initiatives collectives, comme la campagne de communication « We love conifer » ou les projets de villes vertes, montrent que l’horticulture ornementale entend renforcer son rôle sociétal face aux enjeux climatiques et urbains.

Il est probable que le végétal ornemental pour le paysage et les collectivités devienne pendant un temps, le relais de croissance du végétal ornemental pour les particuliers. 

La menace qui inquiète le plus les exposants et les visiteurs est la diminution progressive des marges. Le végétal n’est pas commercialisé à sa juste valeur. 

Les innovations et nouvelles solutions existent, sont même très performantes et promettent un bel avenir, mais elles demandent des investissements, et sans marges suffisantes, c’est difficile à mettre en œuvre. 

Rehausser la valeur du végétal pour pouvoir le faire pousser dans toutes les sphères de la société. Le constat s’impose : le nombre d’entreprises diminue, tandis que les exigences augmentent. On attend désormais des plantes qu’elles soient non seulement esthétiques, mais aussi qu’elles apportent une réelle valeur ajoutée.

Crédit photo : Schuchrat Kurbanov/©MESSE ESSEN GmbH

Les tendances les plus en vue :

  1. Les substrats à faible teneur en tourbe et respectueux de l’environnement. Les échanges ont été marqués par la participation directe de toutes les parties prenantes.
  2. Les plantes résistantes au changement climatique demeurent un axe majeur de la sélection variétale et du développement de nouveaux produits. Parallèlement, il est apparu clairement que le marché s’oriente de plus en plus vers des variétés associées des usages, voir à un mode de vie, au détriment du produit lui-même.
  3. La production durable et intelligente, les matériaux alternatifs, les emballages et l’économie circulaire sont devenus des enjeux stratégiques incontournables, et non plus des arguments marketing supplémentaires,
  4. L’I.A. a déjà pénétré tous les maillons des filières : l’obtention, la programmation et la technologie de production des plantes et fleurs, la logistique et la distribution des produits. Reste à comprendre comment la gérer.
  5. Les réseaux sociaux, par l’événement « Green Vibes », dédié au marketing par les créateurs de contenus. Le secteur évolue aussi dans sa manière de s’adresser aux groupes cibles. Le commerce en ligne est considéré comme un axe majeur de développement pour les fleurs et les plantes.

Crédit photo : Armin Huber / ©MESSE ESSEN GmbH

La phase de concertation pré-concurrentielle prend de l’importance

Pour faire face aux évolutions très rapides du contexte actuel, il s’avère nécessaire de se concerter entre acteurs d’un même métier, mais aussi avec les acteurs des métiers en amont et en aval. Il devient souvent nécessaire de mutualiser les forces, imaginer des solutions transversales pour répondre aux défis toujours renouvelés.

Cette notion de concertation dans une phase pré concurrentielle constructive qui était nettement perceptible l’année dernière, s’est renforcée au cours de cette édition d’IPM Essen.

Crédit photo : Armin Huber / ©MESSE ESSEN GmbH

En conclusion, IPM ESSEN 2026 dresse le portrait d’un secteur en transition, confronté à de fortes contraintes, mais riche en innovations, en coopérations et en opportunités. La durabilité, l’adaptation climatique, la technologie et la valeur ajoutée deviennent les piliers d’un nouveau modèle horticole européen.

Brand WAGENAAR – NBW Conseils – Février 2026

À télécharger

  • Sources : bilan IPM Essen 2026 – février 2026