International

Mai : des fêtes des Mères encourageantes

L’analyse de l’actualité internationale par Brand WAGENAAR souligne une situation mitigée entre une fête des Mères encourageante et une pression sur les prix et l’impact du conflit en Ukraine qui pèsent à la fois sur l’offre et sur la demande.

Résumé d’informations internationales semaines 18 à 21 et analyse :

Dans les pays pour lesquels nous avons déjà les résultats, et, malgré les prix d'achat nettement plus élevés, les ventes de la fête des Mères sont satisfaisantes. Les fleurs coupées en particulier ont été très populaires auprès des consommateurs britanniques. L'Espagne et le Portugal annoncent aussi un chiffre d’affaires en fleurs coupées plus élevé que l’an dernier. "Selon les derniers chiffres, les fleurs se portent mieux que les plantes", note Wesley van den Berg, le directeur de Floridata.NL qui analyse mensuellement les tendances des exportations néerlandaises sur les marchés. "Les prix élevés s'appliquent aussi aux plantes et les ventes à l'approche de la fête des Mères varient beaucoup selon les segments de clientèle". Aux Etats-Unis et au Canada, c’était également une bonne journée, meilleure que ce que les grossistes avaient craint en raison de l’augmentation conséquente des prix.

Le jardinage tient bon

L’accès possible des consommateurs vers d’autres activités suite à la baisse des mesures sanitaires va probablement calmer le jeu. Toutefois, tant en Europe qu’en Amérique du nord, les nouveaux consommateurs conquis pendant l’épisode de la Covid restent attachés à leurs nouvelles activités de jardinage. Par exemple, au Royaume-Uni, le distributeur TESCO et l'Association des métiers de l'horticulture (HTA) ont constaté que 3 millions de nouveaux jardiniers avaient émergé pendant les confinements, dont 2,3 millions poursuivent leur nouveau passe-temps cette année.

Les professionnels restent inquiets

Cependant, ces fêtes des Mères satisfaisantes se situent dans un contexte de saison de printemps compliquée. Entre la guerre Russie - Ukraine qui pourrait se prolonger aux portes de l’Europe et une menace de sècheresse climatique qui se précise d’année en année, si l’on y ajoute la poussée inflationniste, l’enthousiasme n’y est pas pour les consommateurs. Toutes les analyses d’opinion effectuées pendant les mois d’avril et de mai démontrent un pessimisme grandissant qui influence négativement l’envie de consommer, principalement en Allemagne. De ce fait, le manque de production que l’on avait constaté pour les fleurs coupées et les plantes en pot depuis le dernier semestre 2021 se résorbe progressivement. L’équilibre est de plus en plus difficile à trouver entre l’augmentation rapide des prix de revient, l’adaptation nécessaire des prix de vente et le seuil d’acceptabilité des consommateurs.

L’impact de la guerre se propage

En trois mois, la guerre entre la Russie et l’Ukraine et par extension les sanctions économiques prises par les pays occidentaux ont changé définitivement le marché de l’énergie en Europe. Ces changements ne seront pas sans conséquences sur la répartition des parts de marché des fleurs et plantes. Les pays du Nord de l’Europe, très dépendants du gaz russe sont fortement impactés et ont recours à l’aide des pouvoirs publics, alors que les pays du Sud de l’Europe trouvent plus facilement des solutions alternatives. La Turquie, par exemple, a de grandes ambitions en visant un objectif d’1/2 milliard d’€ pour l’exportation de ses fleurs et plantes en 2023. Ce pays dispose de beaucoup d’avantages : carrefour entre les continents, six zones climatiques différentes, moindres besoins en énergie, main-d’œuvre disponible et peu chère, accès aux marchés européens par camion et non par avion. Il leur manque provisoirement : du savoir-faire, une palette plus large de végétaux, la pratique des contraintes de certification et les réseaux commerciaux.

Le Ministre néerlandais du climat pointe un grand risque de délocalisation de l'horticulture sous serre néerlandaise qui pourrait se déplacer à l'étranger en raison de la tarification européenne du CO2. Glastuinbouw Nederland, principal réseau entrepreneurial du secteur néerlandais de l’horticulture sous serre, trouve cette évolution indésirable et souligne que la durabilité doit prendre en compte des éléments qui vont au-delà de la seule réduction des émissions de CO2.

Adaptabilité et résilience à mutualiser

L’adaptabilité est devenue une caractéristique des filières fleurs et plantes. Pourtant, les défis sont énormes et urgents : recherche d’alternatives aux sources d’énergie défaillantes, recherche d’alternatives à l’utilisation de la tourbe dans les substrats, recherche d’alternatives aux matières actives interdites, recherche d’alternatives à l’utilisation des matières plastiques, obligation de diminuer fortement les émissions de CO2 dégagées par l’activité horticole. Les organismes de recherche des pays actifs en horticulture étudient activement des solutions.

Entre pessimisme et optimisme

Les nouvelles technologies de mesure et de pilotage de la photosynthèse par l’I.A et la gestion des données captées, analysées et utilisées en instantané laissent entrevoir un avenir plus rassurant. Si l’on ajoute à cela les nouvelles tendances sociétales écoresponsables, il reste un bel espace pour les actions concertées et coordonnées au sein de notre filière. Mais c’est aussi et surtout en mutualisant les grands axes de R & D et les moyens disponibles avec les autres filières végétales et avec celles de nos voisins européens, que nous pourrons relever tous les défis qui nous attendent.

Brand WAGENAAR, le 31 mai 2022.

 

Evaluation de la hausse des intrants pour les produits de pépinière irlandais

Une enquête de la Teagasc (Agriculture and Food Development Authority) met en évidence en Irlande une hausse du prix des intrants pour les produits de pépinière de 13% entre mars 2021 et mars 2022.

En Irlande, la Teagasc (Agriculture and Food Development Authority) a lancé en 2020 une enquête pour suivre l’évolution des coûts des matières premières de plusieurs productions agricoles, dont la pépinière. Une première étude publiée en novembre 2021 indiquait une hausse des prix des intrants en pépinière de 12,4% par rapport à 2020. Compte tenu de l’accélération récente de l’inflation sur les intrants en lien avec le conflit en Ukraine, la Teagasc a à nouveau évalué la hausse des coûts et met en évidence une hausse du prix des intrants pour les produits de pépinière de 13% entre mars 2021 et mars 2022.

En mars 2022, les coûts de production se répartissent de la façon suivante : 35% pour la main-d’œuvre, 8% pour l’emballage, 8% pour l’énergie, 6% pour les engrais, 6% pour les produits de protection des cultures, 6% en supports de culture / compost et 31% en divers autres coûts. Le bulletin rapporte que durant les 12 mois étudiés, le coût des matières premières des productions horticoles (ornementales et non ornementales) a cru en raison de facteurs macroéconomiques externes mais plus récemment en lien avec le conflit en Ukraine. Cette évolution récente n’est pas sans conséquences sur les marges : tandis que les producteurs ont pu bénéficier d’une hausse des prix de détail durant les 12 mois étudiés, l’accélération récente de l’inflation qui augmente les coûts crée une pression croissante sur les marges, explique l’étude.

Derrière les 13% de hausse du prix des matières premières entre mars 2021 et mars 2022 se cachent de très fortes différences entre les matières premières : +135% pour l’énergie, +120% pour les fertilisants, +35% pour l’emballage, +27% pour les supports de culture, +7% pour la main-d’œuvre et +6% pour les produits de protection des cultures.

Concernant les jeunes plants, à l’augmentation des coûts de production s’ajoute la forte demande en plantes qui se traduit par une offre de jeunes plants insuffisante qui accroît les prix des plants importés et la concurrence entre producteurs pour en obtenir. Les jeunes arbustes ont connu une hausse du prix des intrants de 15% après une hausse de 29% en 2020, les arbres en racines nues ont connu une hausse de 5 à 20% selon la taille et l’espèce. Les producteurs d’arbres semi-matures doivent attendre 1 à 5 ans avant de pouvoir mettre en vente leurs végétaux. Par conséquent, à travers leurs investissements pour produire un nouveau stock de végétaux, ils font un pari sur l’avenir de la rentabilité de cet investissement d’ici 4 à 5 ans.

Face à la hausse du prix de la main-d’œuvre, les investissements en matière d’automatisation se poursuivent avec toutefois un potentiel limité pour ce qui est de certaines productions (arbres).

Source : Teagasc, Horticulture Crop Input Price Inflation 2022. Information diffusée dans Hortweek

Avril : l'inflation durable retardera le développement durable

L’Europe est particulièrement touchée par les conséquences de la guerre en Ukraine. Les coûts de production affichent des niveaux records impactant les prix des végétaux, la demande et retardant la transition écoresponsable de l’horticulture.

Résumé d’informations internationales semaines 14 à 17 et analyse :

« Ce ne sera pas facile de faire du vert si on est dans le rouge. » Les filières en Europe sont passées en quelques mois d’un avenir prometteur à un avenir incertain, principalement à cause d’une inflation galopante dans tous les domaines qui touchent la production et la distribution horticole. Cette inflation des coûts de production et charges était déjà sous-jacente durant les deux années de pandémie, mais semblait maîtrisable ; le conflit entre la Russie et l’Ukraine a fait rompre toutes les barrières en déstabilisant durablement le coût de l’énergie pour la production et la logistique.

Coûts de production et inflation alarmants

Les chiffres des exportations néerlandaises de fleurs et plantes en Europe, publiés en temps réel, sont significatifs de cette évolution. Au cours du premier trimestre de 2022, le cumul des ventes est même légèrement supérieur de +3% à celui de 2021 qui était excellent, mais la baisse de 15% du chiffre d’affaires au mois de mars met en lumière la montée rapide des difficultés sur les marchés. Les prix se maintiennent et les quantités disponibles sont en baisse à cause de l’augmentation du poste chauffage qui a doublé en un an.

Les filières horticoles en Europe du Nord se tournent vers leurs gouvernements pour demander de l’aide. Le nouveau ministre de l’agriculture aux Pays-Bas espère pouvoir apporter plus de clarté courant avril sur la mise en place d’un prêt garanti par l’Etat pour l’horticulture sous serre afin de soutenir sa filière et passer ce cap difficile en allant vers une transition énergétique et climatique pour l’ensemble du pays. Comment les autres Etats membres de l’Union européenne vont-ils aider leurs entreprises ? Cela ne risque-t-il pas de provoquer des distorsions de concurrence en Europe ?

Moins d’offre sur le marché, mais aussi moins de demande à prévoir en raison de l’inflation sur les produits pour les consommateurs. Un nouvel équilibre est à trouver rapidement pour ce deuxième trimestre 2022 qui représente le gros des ventes de la filière. L’inflation est la plus forte depuis trente ans. Les premières crispations se font sentir en avril sur les marchés de fleurs coupées, l’offre augmente alors que la demande baisse en raison des marchés bloqués à l’Est et de l’inflation à l’Ouest. Mais les coûts de production n’ont jamais été aussi élevés.

En Europe

Lors du dernier salon mondial des produits frais, Fruit Logistica à Berlin, une mise à jour de l’évolution mondiale de l’horticulture a été présentée. L’Europe du Sud, moins touchée que l’Europe du Nord par le coût exorbitant du chauffage, regarde vers nos marchés. Israël et la Turquie par exemple, et dans une moindre mesure l’Italie et l’Espagne, bien que limités par des coûts logistiques importants, tentent de bénéficier de la situation.

En Amérique du Nord

Le continent Nord-Américain est moins impacté par le conflit qui se déroule en Europe sur le plan énergétique, mais la déstabilisation mondiale de la logistique des approvisionnements occasionne de sérieux problèmes. La congestion des ports, par les 30 millions de tonnes de fret qui restent en attente de livraison, pas assez de conteneurs, pas assez de main-d’œuvre de déchargement, pas assez de chauffeurs routiers. La pénurie croissante d’intrants engendre aussi des hausses de prix incontrôlables : hausse de 350% du prix du bois, ce qui provoque une pénurie de palettes, hausse de 40% du prix de la pâte à papier qui est aussi utilisée pour les cartons d’emballage, hausse permanente de celui des matières plastiques. Au pouvoir d’achat en berne, s’ajoute la météo maussade d’avril qui pénalise les ventes de végétaux en comparaison avec le printemps 2021.

En Afrique et en Amérique centrale

La pandémie a modifié durablement la chaîne d'approvisionnement renforçant la sensibilité du grand public au rôle du commerce local dans l’économie. Avec la montée en flèche des coûts de transport et des emballages ainsi que les nouvelles difficultés douanières, le coût d'importation des fleurs a considérablement augmenté.

En Asie

Les pays asiatiques comptent un nombre croissant de serres très modernes. L'horticulture est en plein essor en Chine, la modernisation de l'agriculture et de l'horticulture est une priorité à l'ordre du jour, avec des serres de haute technologie, les gouvernements régionaux en Chine investissent beaucoup d'argent dans la réalisation d’autres projets d'horticulture dans des régions où une telle horticulture n'était pas encore courante. Par ailleurs, en Inde, le non-respect des réglementations strictes en matière de biosécurité risque de créer des distorsions de concurrence en termes de recherche et d’obtention.

 

Dans le chaos actuel, aucune piste sérieuse ne peut donc être envisagée en ce qui concerne l’évolution des marchés de fleurs et plantes dans le monde. La consommation est perturbée par l’inflation, la distribution et la logistique ont plus de questions que de réponses et les productions doivent faire face brutalement à de nouvelles règles du jeu différentes selon les pays.

Brand WAGENAAR, le 30 avril 2022.

 

Brexit : report des mesures et contrôles sanitaires à fin 2023

Le ministre britannique des opportunités du Brexit a annoncé la semaine dernière le report de la mise en œuvre des mesures et contrôles sanitaires et phytosanitaires à l’importation des marchandises en provenance de l’Union Européenne de juillet 2022 à fin 2023.

Le ministre britannique des opportunités du Brexit a annoncé jeudi 28 avril dans une déclaration écrite le report de la mise en œuvre des mesures et contrôles sanitaires et phytosanitaires à l’importation des marchandises en provenance de l’Union Européenne de juillet 2022 à fin 2023.

Les contrôles déjà introduits restent en place. Les contrôles devant être introduits à partir de juillet 2022 sont reportés à fin 2023.

Pour la filière du végétal, le report concerne notamment :

  • les contrôles physiques à la frontière pour les végétaux déjà soumis à certification sanitaire/phytosanitaire : les contrôles resteront à destination
  • les exigences de certification pour les végétaux réglementés qui devaient s'échelonner de juillet à novembre 2022.

Source : Cellule Post Brexit de FranceAgriMer

En savoir plus : Brexit Opportunities, Statement made on 28 April 2022 Written statements - Written questions, answers and statements - UK Parliament

Bilan et perspectives pour Royal FloraHolland

Royal FloraHolland, la plus grande plateforme au monde de vente aux enchères de fleurs présente des résultats 2021 rassurants mais des perspectives incertaines qui renforcent la nécessité de poursuivre des changements structurels.

Année 2021 très favorable

Située aux Pays-Bas, Royal FloraHolland, la plus grande plateforme au monde de vente aux enchères de fleurs a récemment annoncé un chiffre d’affaires de 5,6 milliards d’euros, soit 21% de plus qu’en 2020. En volume, on estime à 11,7 milliards de fleurs et plantes ayant été commercialisées sur cette plateforme en 2021, ce qui représente 3% de plus qu’en 2020.

Hausse du prix de l’énergie et conflit en Ukraine

Derrière ces chiffres positifs se cachent de profondes inquiétudes liées à la guerre en Ukraine et aux prix élevés de l’énergie, explique un article paru dans FloraCulture International. Après un bon début 2022, la demande en fleurs et plantes a diminué nettement fin février en lien avec la situation en Ukraine. Les prix de l’énergie qui étaient déjà élevés fin 2021 ont grimpé à des niveaux extrêmes à partir de fin février 2022.

Changements nécessaires et inquiétudes pour les prochains mois

« Il y a une diminution de la demande, une incertitude considérable sur le marché et une chute de la confiance des consommateurs. La transition énergétique nécessaire ne peut se réaliser du jour au lendemain et les coûts élevés laissent peu de marges de manœuvre aux producteurs pour investir », indique le PDG Steven VAN SCHILFGAARDE dans l’article. « (…) Sans mesure gouvernementale, je m’attends à des effets durables pour notre secteur. »

L’année 2021 a été marquée par l’investissement dans une nouvelle stratégie de Royal FloraHolland visant à passer d’une plateforme physique à une plateforme digitale nationale BtoB de floriculture (Floriday).

Bien que bénéficiant de résultats financiers confortables, le coût du gaz devrait profondément affecter les bénéfices des mois à venir : « (…) Compte tenu de la forte augmentation actuelle de nos coûts d’énergie, nous allons faire des efforts pour réduire les coûts où cela est possible. Nous anticipons une perte pour l’année en cours en raison de prix élevés de l’énergie et de conditions de marché évoluant rapidement, ce qui impactera l’offre en volume et les prix des produits. » explique David VAN MECHELEN, directeur financier de la plateforme.

 

Source : Ron VAN DER PLOEG, Royal FloraHolland reports on ‘exceptionally good year’ but the outlook for 2022 is not so rosy, FloraCulture International, 4 April 2022.

 

Mars : sans transition, de la résilience à la résistance

Alors que le coût des matières premières et les pénuries de ressources continuent de peser fortement sur la filière du végétal, l’impact de l’inflation sur la consommation des Français et le conflit en Ukraine constituent de nouvelles problématiques pour les entreprises.

Nous sommes passés brutalement d’une situation de résilience positive à une obligation de résistance inquiétante. Cette terrible guerre en Ukraine domine l'actualité 24h/24 et 7j/7. Les médias, tous focalisés sur le conflit, mettent au second plan la résurgence possible de la Covid, l’urgence climatique, et même les prochaines échéances électorales. Les habitants du monde entier sont encore sidérés, submergés d’horribles images de mort et de destruction. Cette actualité désespérante tempère l’évolution optimiste de la consommation de fleurs et plantes envisagée pour nos filières. La guerre n'affecte pas que les deux belligérants, le siège économique autour de la Russie complique considérablement la relance européenne post-covid.

Énergie trop chère

Selon Royal FloraHolland, le chiffre d'affaires de la semaine 10 a diminué d'un peu plus de 30% par rapport à la même période l'an dernier. Le nombre d’unités vendues était inférieur de 7,5%. La baisse de l'offre est principalement due à un recul de la production néerlandaise. Trois facteurs influencent cette évolution. En premier lieu, les prix très élevés de l'énergie qui diminuent l’offre sur le marché. D’après la PlatformBloem, 40% des horticulteurs néerlandais vont rencontrer de graves problèmes financiers à l’expiration des contrats d’approvisionnement en gaz. Outre le chauffage et l’éclairage, les prix élevés de l'énergie affectent également les coûts logistiques qui sont en forte augmentation. La guerre en Ukraine provoque un arrêt de la demande en Ukraine, en Russie et en Biélorussie. Le déplacement de ces invendus vers d'autres marchés a déjà un effet négatif sur la formation des prix.

Les producteurs et commerçants de fleurs et plantes en Europe vont forcément être touchés par ces évolutions inquiétantes. En plus des prix imprévisibles des ressources énergétiques, les délais et les disponibilités d’approvisionnement de matières premières, déjà compromises par la crise de la Covid vont encore empirer : engrais et substrats, verre, métal, aluminium, pièces détachées et composants électroniques, cartons, emballages, étiquettes entre autres, se raréfient. Les récents calculs réalisés pour les pépiniéristes néerlandais évaluent à l’automne 2021 par rapport à l’automne 2020 l’augmentation du coût de la main-d’œuvre à +10%, celle de la main-d’œuvre saisonnière à +15% et l’augmentation du coût des intrants à + 30% en moyenne (source : De Boomkwekerij).

Problèmes de main-d’œuvre

La disponibilité de main-d’œuvre saisonnière, déjà précaire, est aggravée par le conflit pour les exploitations horticoles des Pays-Bas, du Royaume-Uni, de l’Allemagne, de la Belgique. Au Royaume-Uni par exemple, les deux tiers des travailleurs temporaires employés dans les exploitations venaient d’Ukraine. Les producteurs doivent maintenant recruter des travailleurs saisonniers pour la récolte dans des pays aussi éloignés que le Maroc, la Mongolie ou même les Philippines.

Indices de confiance en baisse

La période COVID avait largement stimulé l'appréciation des fleurs et des plantes par les consommateurs. Jamais auparavant la valeur des produits horticoles n'avait été aussi palpable et valorisée qu'en cette période de crise sanitaire inédite. Toutes les enquêtes et indices de confiance concernant l’envie d’achat au global en Europe passent de l’optimisme au pessimisme.

Finances et marchés perturbés

De nombreux commerçants ont encore des factures impayées en Russie. Les producteurs équatoriens, par exemple, y ont des en-cours s'élevant à 35 millions de dollars et ils perdent un gros débouché. Même conséquence pour les autres pays d’Amérique centrale dont le commerce direct vers la Russie avait considérablement progressé ces dernières années. Les commerçants néerlandais attendent également le paiement de leurs factures. En Turquie, les prix des fruits, légumes et fleurs baissent brutalement de 50%, les producteurs cherchent activement des marchés alternatifs. Les autres pays producteurs sont également contraints de trouver de nouveaux débouchés. Le Kenya, dépendant du marché européen pour 70% de sa production de fleurs coupées, cherche à diversifier sa clientèle avec la Chine, l’Australie, les Etats-Unis, le Japon. La Colombie, après une année de vente record de fleurs en 2021, cherche aussi à préserver ses parts de marché. Pour ces pays producteurs, les difficultés d’approvisionnement en engrais russe et ukrainien deviennent aussi très problématiques.

Si les deux années de crise sanitaire ont apporté à la filière une évolution positive inattendue, les années de tensions internationales à venir risquent bien de faire fondre rapidement les avantages acquis. Même si les prix de vente se sont améliorés, les marges sont loin de pouvoir soutenir longtemps les hausses incontrôlables du prix de l’énergie, les pénuries de main-d’œuvre, les difficultés d’approvisionnement et les coûts des matières premières essentielles. L’inquiétude est plus ou moins forte en fonction de la dépendance au gaz russe et de l’étroitesse du taux de marge qui ne permet pas de supporter d’importantes variations.

Conséquences positives inattendues

Cette crise majeure va aussi avoir des conséquences positives inattendues en faisant avancer des dossiers européens complexes, entre autres : défense commune, approvisionnements concertés et mutualisés en matières premières, en gaz et en pétrole, développement accéléré des énergies renouvelables ou encore moindre dépendance envers les pays extérieurs à l’Europe. Les technologies clés telles que l'IA, la robotisation, la technologie de l'hydrogène, les TIC., jouent un rôle important dans tous ces sujets. Ces technologies peuvent nous aider à progresser aujourd'hui et demain sur tous les fronts. Les innovations pour notre filière ne proviennent pas seulement de l'écosystème d'innovation « traditionnel » de l'horticulture, mais aussi des innovations révolutionnaires venant d'autres secteurs.

 

Brand WAGENAAR, le 30 mars 2022.

 

Evolution de la dynamique des acteurs de la fleur coupée

Alors que le marché mondial de la fleur continue d’être affecté par les conséquences directes ou indirectes de la pandémie, les grands acteurs du secteur font preuve de résilience mais les perspectives restent incertaines compte tenu de plusieurs facteurs tels que l’évolution des attentes en matière d’écoresponsabilité et le contexte politique.

Un article publié en janvier dans Floraculture International apporte un éclairage complémentaire à l’analyse Rabobank sur les tendances de la floriculture mondiale (voir En Quête de Vert du 10 février).

Importations mondiales

Ces 10 dernières années, les Etats-Unis ont maintenu leur place de premier importateur mondial de fleurs coupées. Les Pays-Bas ont occupé une place relativement stable dans les importations mondiales avec toutefois une hausse en 2020. Le marché russe continue de décliner, le Royaume-Uni est sur une tendance décroissante au global tandis que la Pologne apparaît comme une nouvelle destination même si son marché est pour l’instant très petit. La part d’exportateurs autrefois importants – Espagne, Belgique, Italie – se réduit.

Exportations mondiales

Les statistiques mondiales indiquent une variation importante des exportations de fleurs coupées notamment en 2015 en raison du contexte politique en Russie et de la fluctuation des taux de change impactant les importations européennes (embargo sur les produits agricoles). Puis, après une progression entre 2016 et 2019, les exportations déclinent en 2020 du fait de la pandémie.

Si les Pays-Bas maintiennent leur position dominante dans les exportations de fleurs coupées, leur poids tend à se réduire, passant de 56% en 2011 à 48% en 2019 (et 50% en 2020). La Colombie, l’Equateur et le Kenya gardent leurs places respectives de deuxième, troisième et quatrième exportateurs de fleurs coupées. L’Éthiopie confirme sa présence. Ces 4 pays exportent de grandes quantités de roses mais ont des gammes de produits et destinations différentes.

Perspectives

La pandémie a intensifié la sensibilité des consommateurs aux problématiques environnementales. La production locale est devenue tendance en Europe et aux Etats-Unis pour réduire l’empreinte carbone et soutenir la production nationale. Dans ce contexte, les grands exportateurs redoubleront probablement d’efforts en matière d’écoresponsabilité pour conserver leur part de marché. Rédigé une première fois en octobre 2021, l’article souligne également les répercutions que pourront avoir les bouleversements politiques sur le marché mondial de la fleur. A cela s’ajoute la montée du protectionnisme et un recentrage sur les intérêts nationaux plutôt que la mondialisation du commerce et des marchés, comme l’a montré le Brexit. L’Ukraine avait par exemple récemment accru à cette époque ses tarifs douaniers sur les roses pour protéger sa production nationale.

Les exportateurs de fleurs coupées restent optimistes et veulent montrer leur résilience. «Nous visons de nouveaux marchés, développons le commerce par voie maritime et renforçons notre démarche écoresponsable.» indique Daniela CONTRERAS d’EXPOFLORES en Equateur. De son côté, le Kenya mène une importante stratégie de diversification de ses marchés en ciblant certaines destinations (Moyen-Orient, Russie, Australie, Chine, Corée et États-Unis) ajoute Clement TULEZI du Kenya Flower Council.

Source : Marta PIZANO, Global trends in the cut flower trade, FloraCulture International, 30 January 2022. Première publication : octobre 2021. Information diffusée dans UNION FLEURS Media Review - Week 04/2022 et FloraCulture International Newsletter | 31 January 2022.

Retour sur la Global Garden Retail Conference

La Global Garden Retail Conference 2022 a porté un éclairage sur les enjeux et perspectives du secteur de la jardinerie au travers d’interventions et de témoignages d’experts du marketing et de professionnels de la jardinerie.

La Global Garden Retail Conference, événement créé par plusieurs acteurs du secteur de la jardinerie issus de différents pays, s’est tenue du 1er au 3 février et a rassemblé en ligne plus de 1 400 personnes issues de 30 pays.

John STANLEY, consultant et conférencier australien spécialisé dans le secteur de la jardinerie et à l’origine de la première conférence internationale de ce type, présente au travers d’un article publié dans Greenlife Industry Australia les grands enseignements de cet événement.

L’arrivée de nouveaux consommateurs

Tout d’abord, il rappelle les tendances jouant en faveur du secteur : une attention accrue des individus pour leur habitat, une plus grande envie d’agir en faveur de l’environnement ou encore la tendance des «parents de plantes». Pour répondre à l’intérêt grandissant des consommateurs, notamment les nouveaux, il convient pour les jardineries de proposer des produits (pack de produits par exemple) qui leur facilitent le jardinage. Les consommateurs sont aussi davantage conscients du rôle des commerces locaux dans l’économie.

Le jeune consommateur de demain recherchera des changements saisonniers dans la jardinerie et son habitat. Disposant davantage d’argent pour son jardin, il voudra plus profiter de son espace extérieur et y faire moins d’efforts. Il s’agit donc de proposer au consommateur des produits et services qui répondent à ces attentes.

Ceux nés après 2000 s’intéressent aux tendances et à la mode des années 1960, 1970, 1980. Ces consommateurs créent un petit coin d’évasion en ville et favorisent les abeilles dans leur jardin.

Stratégie d’entreprise et dynamique d’équipe

Anna BALL, PDG de Ball Horticultural Company (US), recommande de renforcer les moyens en matière de ressources humaines afin de s’assurer que les salariés soient satisfaits de leur emploi, développent des compétences dans l’usage des outils technologiques mais aussi pour faire venir plus de personnes dans la filière.

John KENNEDY, consultant en management (US), est intervenu sur 3 thématiques : les valeurs, la vision et la volonté de l’entreprise. Les valeurs sont basées sur ce qui passionne les dirigeants de l’entreprise (bonheur, fun, beauté, honnêteté, succès…). La vision doit permettre à l’équipe d’être en phase avec les valeurs de l’entreprise. La volonté est la mise en pratique quotidienne de ces valeurs et de cette vision qui assure une expérience client répondant aux attentes du consommateur.

Pour des jardineries engagées dans le développement durable

En matière de développement durable, Todd BAKER (Canada), recommande de mettre cet enjeu au premier plan et au cœur de la stratégie marketing. Il constate la faible présence de nouveaux acteurs dans le secteur de la jardinerie et l’absence de valorisation de stratégies écoresponsables chez les jardineries présentes depuis plusieurs décennies. «Nous avons besoin d’être davantage écoresponsables et de promouvoir ceci comme un avantage pour acheter chez nous. Il n’est pas nécessaire d’opter pour une stratégie coûteuse.» Pour répondre aux attentes des consommateurs en particulier les Millenials, il convient de nous passer de plastique, de revenir comme dans d’autres secteurs à nos bases avec «un retour à la nature» en tant que meneur plutôt que suiveur. Nous avons besoin de raconter notre histoire en matière d’écoresponsabilité, qui cultive et comment, explique Todd BAKER.

Technologie de l’information

Anna BALL identifie la technologie de l’information comme une faiblesse dans la filière. L’omnicanalité est maintenant la norme avec les fournisseurs vendant leurs produits aux gros détaillants via des plateformes et s’attendant à ce que les petits détaillants fassent de même. L’omnicanalité peut être divisée en 3 domaines : le marketing (site web, réseaux sociaux, mails…), l’engagement client (en magasin, en ligne…) et le service (retrait en magasin, transport à partir du fournisseur…). Pour assurer l’efficacité de la chaîne d’approvisionnement, la donnée a besoin de passer du producteur au détaillant (information produit, inventaire, prix, statistiques des commandes…). De la même façon, l’information doit circuler du détaillant au producteur (état des stocks, livraisons…). L’efficacité des opérations signifie que le détaillant a besoin d’investir dans l’Ecommerce et les plateformes de vendeurs ont besoin d’être développées.

Une expérience client pour les petits et gros consommateurs

Regina RAZUMOVSKI, propriétaire d’une jardinerie en Ukraine souligne l’importance de la fidélisation client. Elle recommande aux jardineries à l’égard des clients venant 1 à 2 fois dans l’année de montrer qu’elles s’intéressent à leurs plantes, de leur fournir des vidéos de plantes et de leur passer un appel après leur achat. Dans sa jardinerie, cette stratégie s’est traduite par une hausse de 34% des ventes chez ce segment de clients. Les consommateurs qui se rendent en jardinerie 5 à 9 fois par an génèrent quant à eux davantage de ventes, ont confiance en la marque (entreprise) et devraient bénéficier de conseils en matière de conception paysagère, de visites personnalisées par un professionnel et d’une livraison gratuite. La mise en place de cette stratégie a entrainé un accroissement de 84% des ventes vers ce type de clients. Enfin, ceux qui visitent la jardinerie plus de 10 fois dans l’année représentent le plus grand soutien. Ils recommandent la jardinerie à leurs amis et partagent des avis positifs sur les réseaux sociaux. Pour cette 3ème catégorie de client, Regina RAZUMOVSKI recommande du coaching de façon privilégiée et des activités en jardinerie en remerciement de leur fidélité.

L’avenir de la jardinerie

Andrew BURTON, concepteur de jardineries (UK), doit prévoir à présent des entrepôts plus grands et des installations pour le click and collect et les livraisons à domicile. Ses conseils : «Soyez connus pour quelque chose en particulier», en identifiant ce dans quoi vous êtes bons. «Qu’allez-vous faire pour rester dans la concurrence en améliorant l’expérience client ?»

Kate ELZER-PETERS, experte en stratégie marketing digitale dans la filière du végétal a, lors de son intervention, exploré la façon dont une jardinerie pouvait constituer un espace communautaire, un endroit où les gens du quartier peuvent se regrouper, célébrer des événements, apprendre, partager des idées, rencontrer des amis, etc. Faire plaisir aux clients favorisera les ventes.

Elle présente 3 étapes de développement :

- Monter la scène : cela peut être aussi simple que des chaises et des fauteuils, un espace pour faire des selfies et disposer des miroirs

- Inviter : faites savoir au quartier que l’on a quelque chose de nouveau à offrir aux habitants

- Contribuer : engagez-vous auprès des communautés locales et soutenez les événements locaux

Les trois jours de conférence ont permis aux entreprises du secteur du jardin d’apprendre et de repenser leur activité et leur métier.

Source : John STANLEY, The Global Garden Retail Conference 2022 ... It Changed our World!, February 2022.

Accéder aux vidéos des interventions

Déficit extérieur français en fleurs et plantes record en 2021

Dans un contexte marqué par une pénurie de végétaux et des tendances inflationnistes, le déficit commercial français en fleurs et plantes s’accroît.

Les statistiques du commerce extérieur des Douanes permettent de suivre l’évolution des importations et exportations* françaises de bulbes, fleurs, plantes et feuillages. Les résultats en volume permettent de nuancer les hausses particulièrement fortes observées en 2021.

Des exportations françaises en hausse en valeur mais pas en volume

Les exportations atteignent 84 millions d’euros en 2021, soit 22% de plus qu’en 2020 (après une hausse d’1% entre 2019 et 2020) mais elles diminuent en volume (exprimé en tonnes) de 4% entre 2020 et 2021 (après une hausse d’1% également entre 2019 et 2020). Ce sont surtout les fleurs coupées (+74% entre 2020 et 2021) et les plantes d’extérieur (+16%) qui contribuent à la hausse des exportations en valeur. Les plantes d’extérieur représentent la première catégorie de végétaux exportée avec 54% de la valeur des exportations. Les fleurs coupées représentent la deuxième catégorie la plus importante avec 23% de la valeur des exportations.

Plus d’un milliard d’euros d’importations

Les importations s’élèvent à 1,17 milliard d’euros, soit une hausse de 27% par rapport à 2020 après un recul de 7% entre 2019 et 2020. En volume, la croissance est de 22% après une stabilité entre 2019 et 2020. La croissance des importations en valeur est portée par celle des plantes d’extérieur en hausse de 34% en valeur, par les fleurs coupées en hausse de 31% et par les plantes d’intérieur en hausse de 21%.

Au final, un déficit commercial en hausse de 27%

Les importations françaises de fleurs et plantes sont 14 fois plus importantes que les exportations (en valeur). Le déficit commercial atteint 1,1 milliard d’euros en 2021, soit une hausse de 27% par rapport à 2020. En volume, le déficit progresse de 25%.

 

*Les statistiques du commerce extérieur reposent sur les déclarations aux Douanes. Pour les échanges au sein de l’Union Européenne, les déclarations d’exportations françaises sont détaillées et obligatoires dès le premier euro. Pour les importations, les déclarations détaillées sont obligatoires à partir de 460 000 € de transactions effectuées en cours d’année ou l’année civile précédente.

Source : Statistiques du commerce extérieur, direction générale des Douanes.

Télécharger :

L’infographie importations françaises en fleurs, plantes et feuillages frais en 2021

L’infographie exportations françaises en fleurs, plantes et feuillages frais en 2021

Février : incertitudes, inflation et pénuries

L’analyse du contexte international de la filière horticole en février met en avant une poursuite de l’inflation, de la hausse du coût de l’énergie, des intrants et une montée des transactions en ligne à l’échelle internationale.

Résumé d’informations internationales semaines 5 à 8 et analyse :

La géopolitique influence forcément l’évolution de nos filières horticoles. Les conflits militaires près des frontières entre l’Europe de l’Ouest et la Russie ont déjà des conséquences directes et durables sur les prix de l’énergie et comme les producteurs ne sont pas sortis de l’hiver, l’incertitude pèse sur la capacité des exploitations à produire les quantités demandées. D’autre part, l’indice de confiance des consommateurs baisse sérieusement, surtout dans les pays dont l’inflation dépasse l’évolution du pouvoir d’achat. En Allemagne et en France, l’équilibre entre inflation et pouvoir d’achat reste acceptable, mais au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, l’inflation de 3,5% dépasse la hausse des salaires qui n’est que de 2,2% ; le déséquilibre s’installe. En 2021, la hausse moyenne du prix des fleurs et plantes en Europe est de 9,3%. Les consommateurs vont-ils favoriser l’épargne de précaution au détriment des autres dépenses ? De ce fait, l’amélioration de la demande de végétaux d’ornement constatée pendant la période pandémique va-t-elle tenir ?

La Saint Valentin, première journée incontournable de l’année pour la demande de fleurs et plantes a servi de test, le commerce était sans restriction pandémique, une première depuis deux ans, et les prix au détail ont montré une forte hausse du fait des difficultés d’approvisionnement. Les marchés et les négociants ont réalisé des prouesses logistiques et réussi à assurer leurs approvisionnements. Pour tous les maillons de la filière dans les pays, les ventes de cette année sont supérieures en valeur à celles de l’an passé, mais c’est principalement en raison de la hausse des prix. Les fleurs coupées dans le monde affichent diverses tendances selon les continents. Les volumes et les prix des fleurs en provenance des pays d’Amérique latine vers les pays d’Amérique du Nord ont fortement augmenté. Les fleurs en provenance des pays d’Afrique de l’Ouest vers l’Europe ont augmenté en prix mais les volumes ont diminué. Les productions européennes pour l’Europe ont diminué. Les quantités produites en Asie augmentent très rapidement, mais la demande des marchés intérieurs de ces pays augmente encore plus vite.

Les parts du marché mondial des fleurs coupées évoluent de manière significative depuis les épisodes de la Covid 19 : la part de la Hollande diminue progressivement mais sûrement, les productions d’Amérique centrale trouvent des voies directes vers les pays de l’Est de l’Europe et le Royaume-Uni à la suite du Brexit. Les productions du Kenya et d’Ethiopie cherchent aussi des alternatives au passage par les Pays-Bas.

Les problématiques issues de la crise de la Covid 19 s’installent.

La pénurie de main-d’œuvre provoque une évolution rapide des salaires, des conditions de travail, et de la législation. Aux Pays-Bas par exemple, l’on n’appelle plus travailleurs immigrés mais «salariés internationaux» ; les conditions évoluent en séparant le contrat de travail du contrat d’habitation et en revoyant à la hausse les conditions et primes de licenciement.

Le coût de l’énergie, notamment le gaz, n’est plus maîtrisable. Il oblige beaucoup d’exploitations à retarder leur planning de production en raison de la baisse des consignes de température et de la diminution de l’éclairage d’appoint. Au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Belgique, des exploitants ont préféré laisser leurs serres vides plutôt que de cultiver à perte, coincés entre les hausses hebdomadaires du prix de l’énergie et les négociations inflexibles de leurs plus gros acheteurs.

Les prix des intrants, engrais, substrats, emballages et les prix des services augmentent de manière hebdomadaire, obligeant les exploitants à revoir en permanence leurs conditions d’approvisionnement. Cette situation génère un nouveau type de relation entre clients et fournisseurs qui devrait favoriser une meilleure coordination verticale entre les entreprises.

Et la météo s’en mêle, provoquant des dégâts dans l'horticulture sous serre, rien qu’aux Pays-Bas 375 sinistres ont été enregistrés.

Commerce en ligne en b to c et b to b

Un autre grand défi gagne l’ensemble des entreprises : les transactions en ligne se généralisent de plus en plus à l’international, entre producteurs, places de marché, négociants, acteurs logistiques, enseignes et points de vente au détail et même directement vers les consommateurs. Cette évolution appelle une harmonisation des logiciels et un encodage facilement échangeable des données, ce qui est loin d’être le cas. Mais elle soulève aussi des questions incontournables de protection des données et des systèmes, ainsi que des questions majeures concernant la fiabilité des informations transmises. Comment arriver à une fiabilité raisonnable, quand le stock des producteurs n’est pas actualisé en temps réel, que les commandes passées par les acheteurs ne sont pas non plus actualisées à l’instant T, et que, dans cette période de pénurie, les stocks disponibles des uns et des autres ne sont pas couplés entre eux ? Dans les mois à venir, cette question va prendre de plus en plus de place dans les échanges entre les différents acteurs de la filière horticole dans tous les pays.

 

Et pendant ce temps, la détérioration climatique prend de l’ampleur et l’environnement continue inéluctablement de se dégrader, renforçant les impressions d’incertitude dans l’opinion publique, et pousse les responsables politiques à prendre des mesures mais dont les effets sont mitigés. La concertation et coordination verticale entre les entreprises de nos filières devient incontournable sur ces grandes questions qui vont rapidement bousculer le commerce et les habitudes d’un passé révolu.

Brand WAGENAAR, le 28 février 2022.

 

Tendances de la floriculture mondiale d'après Rabobank

Rabobank a publié, en coopération avec Royal FloraHolland, un rapport sur les tendances de la floriculture mondiale (pays fournisseurs et clients, transport, commerce en ligne...).

Rabobank, banque internationale d'origine néerlandaise, analyse, en coopération avec Royal FloraHolland, les grandes tendances de la floriculture mondiale en 2021.

Croissance du marché mondial

Les exportations de végétaux ont connu une croissance ininterrompue ces 5 dernières années à un rythme annuel de 3,9%. Toutes les catégories (fleurs coupées, plantes en pot, plantes vivaces, annuelles et bisannuelles, bulbes, arbres et arbustes) sont concernées avec toutefois des rythmes de croissance variables. A noter également que la croissance du marché dans plusieurs zones géographiques varie selon la situation économique, la croissance démographique et la structure par âge de la population.

Des producteurs pour chaque marché

Les fournisseurs de 4 pays de l’Équateur (Colombie, Équateur, Kenya, Éthiopie) ont généré une transformation importante du commerce international de fleurs coupées et feuillages il y a 5 ans. Depuis, l’orientation des flux commerciaux a peu évolué : les producteurs de Colombie et d’Équateur continuent d’approvisionner le marché nord-américain tandis que les producteurs du Kenya et de l’Éthiopie maintiennent comme cible le marché européen. Les Pays-Bas demeurent la plus grande plateforme du commerce international en floriculture, livrant tous types de végétaux principalement en Europe. Les bulbes hollandais font figure d’exception avec des exportations à travers le monde.

Tendances observées dans les plus grands marchés mondiaux de fleurs coupées

Les Etats-Unis : la Colombie est de loin le principal fournisseur de fleurs coupées des Etats-Unis avec des importations qui atteignent près d’1 milliard de dollars US (0,87 milliard d’euros). Les fleurs coupées provenant de Colombie sont acheminées par transport aérien ou maritime. La Colombie possède une gamme de produits relativement large comparée à l’Equateur dont la production de fleurs coupées est à environ 80% composée de roses. La Colombie produit non seulement des roses mais aussi des chrysanthèmes, des œillets et des lys.

UE-28 : les importations totales de fleurs coupées des pays hors UE vers l’UE et le Royaume-Uni atteignent près d’1 milliard d’euros. Les exportations de fleurs coupées en provenance du Kenya et de l’Ethiopie vers l’UE ont diminué entre 2015 et 2020, en particulier entre avril et août 2020 en raison d’une pénurie de fret aérien. Néanmoins, en raison du prix élevé des fleurs coupées depuis juin 2020, la valeur totale des exportations kenyanes et éthiopiennes en 2020 est la même qu’en 2015.

Royaume-Uni : le Brexit a constitué un changement majeur dans le commerce international de ces 5 dernières années et pourrait faire évoluer la chaîne de valeur dans les prochaines années. Si en 2020, les Pays-Bas représentaient près de 80% des importations britanniques en fleurs coupées, le gouvernement tente depuis le Brexit de créer des accords commerciaux avec des pays hors UE, ce qui pourrait faire évoluer la part des pays dans les importations du Royaume-Uni en fleurs coupées.

Russie : bien que représentant l’un des 5 plus grands clients de fleurs coupées, la Russie est un marché volatile. Les relations entre l’UE et la Russie sont instables depuis plusieurs années. A cela s’ajoute la volatilité du Rouble par rapport à l’Euro et le Dollar américain qui influence considérablement le niveau de compétitivité des fournisseurs.

Japon : le Japon est le plus grand importateur de fleurs coupées d’Asie avec toutefois une stabilité des importations depuis 2015. Ses principaux pays fournisseurs sont des pays d’Asie du Sud-Est tels que la Malaisie, la Chine, le Vietnam, Taïwan et la Thaïlande.

Montée du commerce en ligne

Le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la France et l’Allemagne connaissent une croissance continue des circuits de distribution en ligne. Une croissance renforcée par la pandémie et l’augmentation du nombre d’acteurs sur ce marché. Avec des consommateurs désormais habitués à acheter des fleurs et plantes en ligne, le marché devrait continuer de croître. Tandis que les fleuristes ont du mal à conserver leurs parts de marché, les jardineries suivent une autre tendance : elles ont en général perdu des parts de marché pour les plantes d’intérieur mais en gagnent pour les plantes d’extérieur. Une situation qui a pu toutefois être influencée par les mesures sanitaires prises par les gouvernements.

Le transport maritime est une alternative

Le recours au transport maritime croît depuis la dernière décennie et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord le coût du transport aérien a augmenté ces dernières années et dans ce marché hautement compétitif, la réduction des coûts compte particulièrement. De plus, les distributeurs organisés sont davantage concernés par les émissions de dioxyde de carbone issues de la chaîne d’approvisionnent et veulent baisser l’impact carbone de leurs produits. Autre raison : la pandémie qui a fortement perturbé les vols internationaux de passagers et le prix du transport aérien. Le commerce de fleurs coupées par voie maritime a connu une progression de 40% sur la période 2015 - 2020. L’usage de conteneurs maritimes pour le transport de roses du Kenya vers l’Europe est encore à ses balbutiements mais les fournisseurs de services logistiques et les grossistes en fleurs coupées testent les meilleures conditions pour transporter ces fleurs.

Approvisionnement écoresponsable

Face aux attentes du marché et des ONG en matière d’engagement écoresponsable, la filière a créé la FSI (Floriculture Sustainability Initiative). L’ambition de ses membres était de produire et de vendre au moins 90% de fleurs et plantes écoresponsables d’ici 2020. Fin 2020, cette part a atteint 73% des tiges de fleurs coupées et 81% des plantes d’intérieur. En outre, la FSI vise pour 2025 à établir des exigences plus élevées en matière de comportements écoresponsables avec l’introduction et l’amélioration de rapports d’évaluation en matière de développement durable (analyse de cycle de vie, empreinte carbone, salaires…).

Nouveaux marchés en floriculture

Ces 5 dernières années, l’industrie a cherché à exploiter de nouvelles opportunités de marché aux frontières sud-ouest du Golfe persique. Le marché a cru sans interruption entre 2015 et 2019 et malgré des perturbations en 2020, les perspectives dans cette région sont favorables compte tenu d’un contexte économique encourageant et de la capacité des consommateurs et entreprises à acheter des fleurs coupées. Les 3 principaux fournisseurs (Pays-Bas, Kenya et Ethiopie) ont su augmenter leurs parts de marché dans les pays du Golfe ces dernières années.

Tendances émergentes

Les exportations des pays d’Amérique centrale (Salvador, Mexique, Guatemala) ont progressé ces dernières années, et le recul de 2020 devrait se résorber. La demande en jeunes plants tropicaux et boutures (yucca, palmiers) demeure forte sur les principaux marchés et l’Amérique du Nord et l’Europe continueront probablement à importer des produits d’Amérique centrale.

 

En conclusion, la crise sanitaire a fortement perturbé la logistique mondiale. Les détaillants ont dû rechercher de nouvelles façons de vendre des végétaux, conduisant à une hausse du commerce en ligne. Les grossistes et fournisseurs de services logistiques doivent également rechercher de nouvelles façons d’organiser la chaîne d’approvisionnement. Les producteurs ont augmenté leur offre et les ventes ont été fortes en Europe et aux Etats-Unis. La question pour l’avenir est de savoir si les consommateurs continueront d’acheter autant de fleurs et plantes. Les ventes de plantes (d’intérieur et d’extérieur) devraient se maintenir à un niveau élevé compte tenu du maintien du télétravail pour une partie de la population. Néanmoins, la situation économique et l’évolution du revenu disponible dans les principaux marchés devraient influencer les dépenses de végétaux d’ornement dans les années à venir.

 

Sources : Lambert van HOREN, A Mixed Bouquet of Developments in Floriculture: World Floriculture Map 2021, January 2022.

Royal FloraHolland, World floriculture map shows key trends in global market, January 13, 2022. Information diffusée dans UNION FLEURS Media Review - Week 02/2022

Accéder à la carte mondiale et au rapport (en)

Janvier : Les filières s’interrogent, après la crise Covid, quelle stratégie ?

Dans sa première note de veille internationale de l’année, Brand WAGENAAR s’intéresse aux perspectives post-covid de la filière et aux stratégies à mener.

La sortie de crise sanitaire est en vue. Certaines évolutions accélérées par cette pandémie sont radicales et définitives et les filières commencent à envisager la suite. Les contraintes environnementales vont exiger des entreprises de nouveaux investissements, mais pour pouvoir investir, il faut dégager de la marge. Chaque filière horticole, selon les règlementations et contraintes de son pays, va devoir trouver un juste équilibre entre obligations environnementales et réalités économiques. Les entreprises des filières végétales subissent de plein fouet l’augmentation du coût de l’énergie, de la main-d’œuvre, de la logistique et les hausses de prix de toutes les matières premières nécessaires à leurs productions. L’autre particularité de cette période de crise est que le rapport offre/demande est durablement inversé. La demande reste forte, alors que l’offre peine à y répondre. Les hausses de tarif et les difficultés d’approvisionnement ne vont pas améliorer cette situation.

Engouement pour le végétal mais contraintes du côté de l’offre

Deux rapports importants concernant l’évolution des filières horticoles viennent de paraître. Ils soulignent tous les deux ces tendances. L’un est mis en avant par la Rabobank (banque néerlandaise pour l’agriculture), l’autre est proposé par l’organisation du Salon IPM en Allemagne à l’occasion de ce qui aurait dû être la principale manifestation horticole internationale de ce début d’année (reportée en janvier 2023). Ils mettent clairement en évidence les avantages et inconvénients de la situation actuelle :

Oui, la pandémie a stimulé la demande de végétal. La croissance pour les années 2020 et 2021 a été très forte, mais cette progression peut-elle continuer ? Le besoin de fleurs et plantes est considérable et il a un effet d'entraînement sur la demande vers les grossistes. Les plateformes d’échanges de fleurs et plantes dépassent chaque mois les records des périodes précédentes. La Grande-Bretagne, malgré le Brexit, a étonné les acteurs du marché par la très forte progression de sa demande. Dans beaucoup de pays en Europe, les supermarchés ont été le moteur de cette croissance. Les prix des plantes et fleurs ont considérablement augmenté, mais leur niveau actuel est insuffisant pour compenser l'augmentation des coûts de production. Les coûts de l’énergie, la difficulté à trouver du personnel et bientôt les taux d’intérêt seront les facteurs limitants et le nombre de producteurs ainsi que la surface de production vont probablement continuer à baisser principalement en Europe.

Un aperçu du futur : les plantes de jardin sont plus pertinentes que jamais. Les espaces verts et les parcs sont indispensables au bien-être des individus et la qualité d’une vie plus verte attire les jeunes qui s'intéressent de plus en plus aux végétaux. Les blogueurs génèrent un fort battage médiatique pour la végétalisation de leur environnement. Le commerce en ligne prend une part de plus en plus importante. Comment transformer le coup de pouce initial du coronavirus en une demande durable ? Les consommateurs restent très concernés par la durabilité comme tendance et par le jardinage comme moyen de contrer les effets négatifs de la pandémie. Mais la disponibilité des produits sera-t-elle garantie en 2022 ? L'avenir ne s’annonce pas particulièrement brillant, mais il sera assurément plus vert !

Des difficultés d’approvisionnement à prévoir pour la Saint Valentin 2022

La Saint Valentin est l’une des premières journées importantes à venir de l’année pour la vente de plantes et fleurs. Le coût fortement inflationniste et la disponibilité réduite de tous les moyens logistiques, font peser des menaces sérieuses sur les approvisionnements en provenance des autres continents. Le transport par conteneurs maritimes commence à être expérimenté par ces pays pour les fleurs coupées, afin de pouvoir remplacer les capacités de transport aérien durablement rares et chères. Le coût actuel de l’énergie pénalise fortement la production européenne de fleurs coupées en hiver. Les points de vente vont donc avoir beaucoup de mal à s’approvisionner pour la fête des amoureux.

La digitalisation progresse

L’évolution très rapide de la digitalisation des échanges et la progression importante de la part de marché des fleurs et plantes vendues en ligne a été un peu occultée par la situation pandémique. Mais la menace est sérieuse pour les entreprises et les structures qui ont pris du retard pour implémenter ces nouvelles technologies d’échange dans leur processus de production et de commercialisation. Les systèmes comme Amazon progressent rapidement. Le Fulfilment Center Arcen (FCA), dans le sud des Pays-Bas a ouvert depuis le 1er janvier l'un des plus grands centres de distribution de plantes en Europe. La particularité de cette entreprise est d’offrir des solutions en ligne pour les échanges BtoB, mais aussi BtoC de gros végétaux envoyés directement par palettes aux consommateurs et aux boutiques en ligne intéressés par des commandes importantes de plantes de haie, de plantes méditerranéennes et de plantes XL. La livraison de ces commandes s'effectue actuellement au départ de la Hollande vers 11 pays, avec l'objectif de s'étendre à 26 pays.

Ces différents changements vont contraindre les acteurs des filières à faire évoluer très rapidement les compétences au sein de leurs organisations. C’est à la fois une menace, car le changement va aller très vite, mais c’est aussi une formidable opportunité pour attirer des jeunes talents vers les métiers de l’horticulture.

Brand WAGENAAR, le 31 janvier 2022.

 

Retour d'expérience sur l'extension du passeport phytosanitaire

La Commission européenne a publié en décembre 2021 un rapport relatif à l’expérience tirée de l’extension du système de passeport phytosanitaire à tous les déplacements de végétaux destinés à la plantation à l’intérieur du territoire de l’Union européenne.

Le passeport phytosanitaire est un document qui accompagne les végétaux et certains produits végétaux lorsqu’ils circulent à l’intérieur de l’Union européenne et qui certifie leur statut phytosanitaire, attestant ainsi du respect des dispositions réglementaires européennes relatives aux organismes nuisibles.

Jusqu’en 2019, un passeport phytosanitaire n’était requis que pour des espèces de végétaux et de semences visées et certains types de matériels végétaux, compte tenu des risques phytosanitaires définis de manière spécifique. Considérant que le système de passeport phytosanitaire ne fonctionnait pas dans sa pleine mesure, il a été convenu par l’Union européenne que l’obligation selon laquelle un végétal doit être accompagné d’un passeport phytosanitaire serait étendue à tous les végétaux destinés à la plantation, sauf certaines semences, dès lors qu’il y a vente à un opérateur professionnel ou vente à distance (e-commerce) [règlement (UE) 2016/2031].

Afin de faire un retour d’expérience de cette extension du passeport phytosanitaire, la Commission européenne a interrogé les 25 Etats membres via un questionnaire. Différents types d’acteurs ont répondu : Organisations Nationales de la Protection des Végétaux (ONPV), autorités compétentes d’Etats membres, opérateurs d’Etats membres, associations nationales…

Les principales conclusions du rapport sont les suivantes :

- L’extension du passeport phytosanitaire a permis notamment une protection plus efficace contre les organismes de quarantaine1 de l’Union européenne, une meilleure préparation au recensement de nouveaux organismes nuisibles aux végétaux préoccupants pour l’UE, une meilleure compréhension et sensibilisation des parties prenantes concernées quant à l’importance de la santé des végétaux / de la sécurité sanitaire et des moyens plus importants de recensement des organismes nuisibles.

- L’extension du système de passeport phytosanitaire à tous les végétaux destinés à la plantation a toutefois été considérée par la plupart des parties prenantes comme contraignante et difficile.

- Les parties prenantes ont toutes indiqué que les nouvelles dispositions ont permis de renforcer la protection du territoire de l’UE contre les organismes nuisibles et que les coûts qu’elles ont déclarés n’étaient pas importants. Elles ont toutefois estimé que certaines des exigences entraînaient une augmentation de la charge administrative et des coûts associés qui l’emportait sur les avantages supplémentaires perçus. Les personnes interrogées ont également estimé que le fonctionnement global du secteur des végétaux destinés à la plantation et des semences n’avait pas connu de changement significatif.

- Afin d’améliorer l’efficacité et la mise en œuvre pratique de l’extension du système de passeport phytosanitaire et d’en améliorer l’utilité, il convient de poursuivre les discussions dans le but de définir les améliorations ciblées qui pourraient être nécessaires, avec toutefois une portée limitée puisqu’il s’agirait d’améliorer le système existant.

1 Organismes les plus nuisibles, susceptibles d’avoir une incidence économique, environnementale ou sociale inacceptable dans les territoires où ils s'établissent et se disséminent.

Sources : Rapport de la Commission au Parlement européen et au Conseil pour présenter l’expérience tirée de l’extension du système de passeport phytosanitaire à tous les déplacements de végétaux destinés à la plantation à l’intérieur du territoire de l’Union européenne, 10/12/2021.

ENA

Accéder au rapport de la Commission européenne

Application des mesures phytosanitaires sur les importations de l'Union européenne

Conjointement au rapport de retour d’expérience de l’extension du passeport phytosanitaire, la Commission européenne a publié un rapport sur l’application et l’efficacité des mesures phytosanitaires sur les importations de l’Union européenne.

Jusqu’en 2019, le cadre législatif de l’UE relatif à ces mesures était fondé sur la directive 2000/29/CE du Conseil comprenant un système basé sur les risques conformément aux exigences sanitaires et phytosanitaires de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), assorti de certaines restrictions, telles que le besoin d’un certificat phytosanitaire, des exigences spécifiques à l’importation et certaines interdictions. A cela s’est ajoutée la mise en place d’un système de contrôles phytosanitaires officiels organisés et effectués par les États membres de l’UE.

Depuis 2019, un nouveau règlement européen sur la santé des végétaux est entré en vigueur : (UE) 2016/2031. Il maintient l’approche fondée sur les risques et le respect de l’accord sur les mesures sanitaires et phytosanitaires de l’OMC, mais, à la lumière de l’expérience acquise, des mesures ont été mises en place pour renforcer la protection du territoire de l’Union européenne et améliorer la préparation proactive à la gestion des crises.

Afin de mesurer l’application et l’efficacité des mesures sanitaires sur les importations de l’Union européenne, une consultation des parties prenantes a été menée au moyen d’un questionnaire. Ces parties prenantes sont les organisations nationales de protection des végétaux (ONPV) de l’Union européenne (UE) et de pays tiers, les autorités responsables des directives en matière de mise sur le marché (autorités compétentes en matière de certification), les associations au niveau de l’UE et des États membres (associations de l’UE et des États membres), les opérateurs et le grand public.

Principales conclusions du rapport :

A partir des données évaluées, on peut considérer que le règlement (UE) 2016/2031 et l’introduction des contrôles phytosanitaires dans le champ d’application du règlement concernant les contrôles officiels ont contribué à renforcer la protection phytosanitaire de l’UE et à renforcer la lutte proactive contre les organismes nuisibles tout en respectant la Convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV) 1, au moyen d’approches transparentes et fondées sur les risques.

L’analyse des commentaires recueillis auprès des parties prenantes sur les modifications des exigences en matière de certificat phytosanitaire, les changements découlant du règlement concernant les contrôles officiels et l’introduction de l’interdiction temporaire d’importation pour les végétaux, produits végétaux ou autres objets présentant un risque élevé, ainsi que l’analyse des données commerciales disponibles (Soto et al. 2021) font état d’une situation dans laquelle les avantages l’emportent sur les coûts. Les activités de formation et de diffusion sont un aspect majeur qui pourrait avoir conduit à cette évaluation positive.

La situation est moins claire en ce qui concerne les modifications des procédures à l’importation et, en particulier, des organismes réglementés non de quarantaine2.

Afin d’améliorer l’efficacité et la mise en œuvre pratique du règlement (UE) 2016/2031 et des dispositions du règlement concernant les contrôles officiels et d’améliorer leur utilité, certains domaines pourraient être examinés plus avant (amélioration de la cohérence des dispositions relatives aux organismes réglementés non de quarantaine et à leurs contrôles, procédures d’octroi de dérogations aux interdictions d’importation au titre de l’article 40 du règlement, renforcement de la transparence des procédures applicables aux végétaux présentant un risque élevé au titre de l’article 42, et contrôles officiels ciblés sur les végétaux et produits végétaux importés par vente à distance) avec toutefois là aussi un champ d’application limité dans la mesure où il s’agirait d’adaptations du système actuel.

1 Traité international signé par plus de 180 pays qui vise à garantir une action coordonnée et efficace permettant de prévenir et de lutter contre l'introduction et la dissémination d'organismes nuisibles aux végétaux et aux produits végétaux.

2 Les organismes réglementés non de quarantaine (ORNQ) sont des pathogènes et des organismes nuisibles particulièrement dangereux pour les végétaux qui sont déjà répandus sur le territoire de l'UE.

Sources : Rapport de la Commission au Parlement européen et au Conseil sur l’application et l’efficacité des mesures phytosanitaires relatives aux importations sur le territoire de l’Union européenne, 10/12/2021.

ENA

Accéder au rapport de la Commission européenne

Décembre : de la circularité nécessaire à la décroissance probable

L’année se termine avec une poursuite de la pandémie, de la pression sur les ressources et les signes de plus en plus notables d’une croissance économique qui ne pourra se poursuivre.

Le 21ème siècle a 21 ans déjà, le temps s’est écoulé très vite depuis l’an 2000 avec de nombreux changements. Il faut faire le point sur ce qui s’est passé et sur ce que l’on peut envisager. La prise de conscience de l’importance du changement climatique et de ses conséquences redoutables est incontestable, mais les avis divergent sur les mesures à prendre. Les filières horticoles sont très bien vues par l’opinion publique en Europe et en Amérique du Nord pour leur contribution à l’amélioration de l’environnement.

Une poursuite du manque de ressources qui pèse sur la filière horticole

Au sein de ces filières et avec quelques variables selon les pays, la hiérarchisation des problèmes à résoudre pour s’adapter est sensiblement la même :

• Baisse de la disponibilité et augmentation rapide du prix de l’énergie fossile, alors que la production d’énergies alternatives est encore faible. Contraintes sur les émissions de CO2.

• Règlementation actualisée ou acheminement compliqué de certains intrants utiles à la production : tourbes, produits phytopharmaceutiques, phosphates, plastique recyclé, accès à l’eau dans certains pays.

• La disponibilité en main-d’œuvre et l’acquisition des compétences indispensables à l’évolution des métiers.

• Sans oublier bien entendu, les énièmes vagues de Covid qui n’en finissent pas d’arriver.

Rien que ces quatre facteurs récessifs vont induire une ère de décroissance probable qui va devoir être anticipée, acceptée et organisée. L’industrie horticole est l’une des mieux adaptées à la mise en place assez rapide d’une économie verte et circulaire, capable de faire face aux défis à venir. Les nouvelles formes de compétitivité vont se jouer sur les capacités de ces filières dans chaque pays à convaincre toutes leurs parties prenantes de participer à cette évolution inéluctable.

D’autres enjeux pour la filière : la circularité et la tourbe

Aux Pays-Bas, un accord de coalition a été passé avec le cabinet ministériel Rutte IV, l'horticulture sous serre se voit confier le rôle de leader de la transition énergétique. A Bleiswijk, au centre de la Hollande, la circularité en horticulture a déjà son « Living Lab ». Ce laboratoire a été officiellement inauguré en septembre 2021, pour la création de solutions visant à transformer les flux résiduels de l'horticulture en sources de revenus.
En ce qui concerne la tourbe, l’urgence s’installe, la règlementation s’emballe, mais la réalité oblige à temporiser. En Irlande et au Royaume-Uni (Angleterre et Pays de Galles) la règlementation était très contraignante depuis 2019 pour l’extraction de la tourbe. Un nouveau projet de loi « prévoit des dispositions exceptionnelles pour l'extraction de tourbe à des fins horticoles pendant une période temporaire dans l'intérêt public afin d'atténuer les conséquences néfastes résultant d'une interruption de l'approvisionnement ».

Un contexte de pandémie favorable à la consommation de végétaux

Si l’automne 2021 avait donné un espoir en ce qui concerne la levée de la menace du Coronavirus, la fin d’année fait l’effet d’une douche froide, en raison de l’invasion ultra-rapide du variant Omicron. Le Royaume-Uni, les Pays-Bas et bientôt l’Allemagne reprennent des mesures de confinement qui vont considérablement gêner le commerce de fin d’année des fleurs et plantes. Les entreprises et les particuliers comprennent qu’ils devront se résigner à composer avec les contraintes sanitaires encore au moins pendant toute l’année 2022. Et pourtant, en 2021, la croissance des exportations de fleurs et plantes produites ou transitant par la Hollande n’a jamais été aussi forte. Les prévisions tablent sur un record de 7,2 milliards d'euros pour cette année, soit 15% de plus qu’en 2019.

Dans le reste du monde : malgré l’épidémie et les problèmes logistiques, les exportations vers nos pays de consommation ont progressé alors qu’en Europe le nombre de producteurs décroit lentement mais régulièrement. Si l’on estime qu’en définitive, les mesures de restriction sanitaire, les nouvelles règles de travail à domicile et les mesures d’isolement ont bénéficié aux filières du végétal en favorisant l’intérêt pour les fleurs et plantes, il est probable que ces conditions sanitaires restrictives se prolongeront en 2022. L’intérêt des consommateurs et des collectivités pour un environnement plus vert et mieux végétalisé va perdurer. Influencés par les médias, ces consommateurs vont devenir de plus en plus exigeants quant à la provenance des végétaux et à l’impact environnemental de leur mode de production. Pour les années à venir, le chemin devient de plus en plus étroit entre la décroissance raisonnée nécessaire et l’évitement d’une crise économique généralisée. Toutefois, la résilience des filières horticoles étant avérée, nous avons de bonnes raisons de rester optimistes.

Brand WAGENAAR, le 27 décembre 2021.

 

Novembre : Neutralité carbone et horticulture

La mesure de l’empreinte carbone tout au long de la chaîne de valeur devient un enjeu stratégique de plus en plus important dans l’horticulture mondiale.

Tous les médias du monde ont parlé de la COP26 qui s'est tenue la 1ère quinzaine de novembre à Glasgow au Royaume-Uni pour des négociations cruciales sur le climat. Si les résultats de ces échanges sont limités quant aux solutions concrètes à envisager pour mitiger la hausse des températures, l’élévation du niveau des mers, la fonte des glaciers, la prévention des événements météorologiques intenses, la préservation des espèces en danger ; les conséquences conditionnent l’opinion. Les préoccupations environnementales passent maintenant en tête des questions à traiter.

Mesurer l'empreinte carbone en horticulture

Horticulture et empreinte carbone : les méthodes de calcul s’affinent. C’est une attente sociétale et une demande de l’Union européenne que les filières en Europe puissent travailler avec des règles identiques pour arriver à des résultats plus fiables et comparables en utilisant un même périmètre de calcul. Cette année, une règle plus précise sera développée pour un calcul spécifique de l’empreinte fleurs et plantes : la Florifootprint (FLORIPEFCR = FLORI Product Environmental Footprint Category Rules). La version définitive sera présentée en août 2022 à l’approbation de l’UE et devrait être opérationnelle fin 2022. L’Analyse du Cycle de Vie (LCA) va mesurer et comparer 16 catégories d’impact, dont : l’utilisation du matériel végétal de multiplication, les substrats, les pesticides, les engrais et autres matériels de culture, les émissions en phase de culture, en phase logistique et en phase de distribution vers les clients.

Retour sur la conférence AIPH / Floraculture International sur le développement durable

Organisée par l'Association internationale des producteurs horticoles (AIPH) en partenariat avec FloraCulture International (FCI), une conférence en ligne intitulée « The Path to Sustainability in Ornamental Horticulture » a eu lieu le 30 septembre 2021. Cette conférence a posé les contours des conséquences prévisibles du changement climatique, évoqué les actions à envisager pour y faire face, conseillé d’avoir une attitude pro-active et non défensive et recommandé de travailler en transversalité avec toutes les industries connexes à nos métiers.

Royaume-Uni : engagement en matière de développement durable et manque de main-d'oeuvre

Au Royaume-Uni, la HTA (Horticultural Trades Association) a présenté une démarche engagée visant d’ici 2025 à préparer les adhérents, rassurer les médias, sensibiliser les élus. Il s’agit pour la HTA, à l’occasion de la COP26 à Glasgow, de montrer les progrès obtenus en un an, depuis son rapport inaugural de 2020, en matière de réduction des émissions de carbone, de résilience à l’eau, de supports de culture plus durables, de réduction des plastiques en horticulture et de diminution des pesticides utilisés.

Si les conséquences post pandémiques sont plus visibles au Royaume-Uni que dans le reste de l’Europe en raison de sa situation insulaire et de son isolation post Brexit, elles illustrent bien les menaces pouvant atteindre les filières des autres pays. C’est surtout la pénurie de main-d’œuvre qualifiée ou non qualifiée qui est dramatique au Royaume-Uni.

Quelles perspectives de la consommation de fleurs et plantes dans ce contexte sanitaire ?

Le rapport 2021 de Salience Search Marketing apporte un éclairage sur le marché des plantes en ligne au Royaume-Uni en soulignant la baisse récente du nombre de requêtes en ligne (sur Google). Cela signifie-t-il que nous sommes arrivés en haut de la courbe d’intérêt des consommateurs pour les végétaux d’ornement ? Probablement pas, car la reprise pandémique qui gagne rapidement notre pays depuis la mi-novembre a déjà fait des ravages chez nos voisins, allemands, belges, hollandais. Les mesures prises dans l’urgence sont différentes selon les pays, mais dans l’ensemble il s’agit de renforcer les gestes barrières, d’intensifier les contrôles par pass sanitaire même au sein des entreprises, de réduire l’amplitude horaire d’ouverture dans les commerces, d’instaurer un couvre-feu. Ces mesures ne vont certainement pas faciliter l’achat des fleurs et plantes pour les fêtes de fin d’année qui s’annonçait pourtant sous de très bons auspices.

Brand WAGENAAR, le 30 novembre 2021.

 

Brexit : mise à jour du guide des procédures de contrôle aux frontières

Une mise à jour du « Border Operating Model » a été publiée le 18 novembre 2021 avec un calendrier modifié de mise en place des contrôles sanitaires et phytosanitaires.

Le Royaume-Uni a publié le 18 novembre 2021 une nouvelle version du « Border Operating Model » qui fixe les mesures de contrôle pour les importations et exportations de produits. Cette nouvelle version modifie le calendrier de mise en place des contrôles des végétaux :

- A partir du 1er juillet 2022, tous les contrôles de certification, physiques et d'identité, seront introduits pour tous les végétaux et produits végétaux réglementés.

- La prénotification est maintenue au 1er janvier 2022.

- Concernant les contrôles physiques des végétaux et produits végétaux hautement prioritaires (qui se font pour le moment à destination), ils se feront dans les postes de contrôles frontaliers à partir du 1er juillet 2022.

Sources : Cellule Post Brexit de FranceAgriMer

HM Government UK Transition, The Border with the European Union, Importing and Exporting Goods, Border and Protocol Delivery Group – November 2021.

Accéder au communiqué qui présente les grandes modifications de la mise à jour

Acccéder au Border Operating Model mis à jour

Retour sur le webinaire FloraCulture international dédié au secteur du mariage

Le 25 octobre s’est tenu le premier webinaire international en horticulture sur le thème du mariage organisé par FloraCulture International avec le soutien de l’AIPH, Bloom’s Accademy et Flower Academy (Italie) en présence de professionnels de différents pays. Tous s’accordent à dire que le secteur du mariage devrait croître fortement en 2022 si la pandémie se termine, et que celle-ci a rendu nécessaire pour les professionnels de la fleur de repenser leur façon de travailler.

L’AIPH et FloraCulture International organisent régulièrement des webinaires afin de croiser les regards d’experts de différents pays et de réfléchir avec les professionnels de la filière aux enjeux communs de l’horticulture mondiale. Le 25 octobre a eu lieu un webinaire destiné à mieux comprendre comment le secteur du mariage a été perturbé par la crise sanitaire et quelles sont les perspectives pour les mois à venir.

Des goûts plus affirmés

D’après Patrizia BRAIDA, fleuriste italienne et organisatrice d’événements, le budget consacré aux fleurs pour les mariages a augmenté ces dernières années. Par ailleurs, les futures mariées ont une idée plus claire de ce qu’elles veulent en matière d’arrangement floral. « Les couples ne veulent plus de bouquets standards, ils recherchent quelque chose de spécial », ajoute Reinier HAASNOOT, dirigeant de l’entreprise hollandaise Oz export. En outre, la sensibilité aux pratiques écoresponsables concerne aussi aujourd’hui la décoration florale dans les mariages, indique Jules LEWIS GIBSON, Présidente de Florists’ Review Media Group aux Etats-Unis.

Combiner des produits locaux et importés

Selon R. HAASNOOT, la chaîne de valeur doit être la plus optimale possible. Les entreprises locales savent exactement ce qui est disponible et à quel moment. Associer des fleurs locales et des fleurs importées constitue la combinaison d’avenir pour répondre à ce désir de personnalisation mais aussi pour réunir nos forces.

J. LEWIS GIBSON rappelle qu’il est difficile selon certaines régions et saisons de disposer de fleurs pour les mariages. Si la tendance est aux fleurs locales, le secteur floral reste un secteur mondial. « Nous pouvons acheter local mais cela ne veut pas dire qu’il n’y aura plus d’importations pour assurer la disponibilité. C’est une combinaison. », explique J. LEWIS GIBSON.

Des méthodes de travail qui doivent évoluer

Avec l’augmentation des coûts (notamment le carburant), il devient de plus en plus difficile de rentrer dans le budget des futurs mariés, indique R. HAASNOOT. A cela s’ajoute la diminution de capacité du fret aérien.

Dans ce contexte, le partenariat et la coopération deviennent encore plus importants en particulier pour les mariages afin de s’assurer que les risques soient les plus faibles possibles. Concrètement, il s’agit par exemple d’informer de la commande le plus tôt possible pour pouvoir anticiper d’éventuelles difficultés (retard d’avion, problème sur le produit) explique R. HAASNOOT.

J. LEWIS GIBSON considère que dans le contexte actuel, nous devons être plus créatifs, faire davantage avec moins de mains, repenser nos méthodes de travail et la façon de faire du business, avec par exemple des ateliers, de la pédagogie auprès du consommateur.

Une exigence de qualité

Les futurs mariés recherchent chez le fleuriste de la qualité et du service car bien évidemment la dimension la plus importante se trouve à la fin du processus, lors de la livraison le jour de l’événement, rappelle J. LEWIS GIBSON.

Perspectives du marché du mariage

Durant le webinaire, les intervenants n’ont pas manqué de faire part de leur enthousiasme et de celui de l’ensemble des professionnels de la fleur, compte tenu de la perspective d’une forte augmentation du nombre de mariages (suite aux nombreux reports) l’an prochain. Le retour des salons professionnels est également bien accueilli. Le contact humain étant très important dans la relation B to B mais aussi bien sûr le contact avec le végétal, pouvoir sentir les fleurs, indique Filippo FACCIOLI (un des organisateurs du salon international MyPlant&Garden en Italie).

« Il n’y a pas de mariages sans fleurs, mais aussi sans bonne logistique », conclut Tim BRIERCLIFFE, secrétaire général de l’AIPH.

Sources : FloralDaily, The future of wedding flowers: “The budget continues to increase”, Tue 26 Oct 2021.

"Scent with love: matchmaking global cut flower growers with the wedding industry", Webinar AIPH / FloraCulture International, Flower Academy, 25/10/2021.

Rachel WAKEFIELD, FCI matchmakes the wedding flowers market altogether in a global webinar, AIPH, 02/11/2021.

En savoir plus

 

Octobre : la filière marquée par les pénuries et l'inflation

L’augmentation du prix de l’énergie impacte la production et la distribution dans la filière horticole à travers le monde. En Europe, les règlementations liées aux enjeux climatiques nécessitent une stratégie claire.

Les salons professionnels reprennent avec quelques changements notables post-crise.

Fortes pressions dans le monde autour de l’énergie

De même que très peu de gens avaient prévu l’ampleur de la pandémie, très peu de gens ont su prévoir l’ampleur de l’envolée des prix de l’énergie, particulièrement celle du gaz. Pour la production néerlandaise, il y a un an, le prix du gaz était de 0,20 € le m3, il est actuellement près d’1,20 € le m3. Le phénomène est conjoncturel et politique. Le gisement de Groninge dans le nord de la Hollande est épuisé, les plateformes en Norvège sont à l’arrêt pour rénovation, le gaz liquéfié en provenance des Etats-Unis ou d’Afrique du Nord est capté sans limitation de prix par l’Asie, surtout par la Chine. L’Europe reste donc très dépendante de la Russie qui réduit ses livraisons principalement pour des raisons politiques.

L’augmentation du prix de l’énergie et les perturbations de la logistique mondiale provoquent d’autres explosions de tarifs en chaîne : engrais azotés, prix des transports, plastiques, intrants de culture, matériel de construction de serres. Dans toute l’Europe, les producteurs cherchent à trouver un équilibre entre diminution de la consommation d’énergie et conservation d’une qualité acceptable pour répondre à la demande. Les détaillants vont devoir répercuter ces augmentations de prix en espérant que l’engouement pour les fleurs et plantes occasionné par la pandémie ne soit pas cassé par les hausses de prix qu’ils vont devoir appliquer.

Une demande qui continue de dépasser l’offre

L’offre de fleurs et plantes est insuffisante pour satisfaire la demande en Europe, au Royaume-Uni, en Amérique du Nord, et même en Australie et en Nouvelle Zélande, ce qui change radicalement les rapports de force entre production et distribution. Les pépinières d’Europe doivent faire des choix qu’elles n’ont jamais eu à faire pour gérer la pénurie : quels clients servir? Et sur quels critères? Le relationnel client, le prix, la solvabilité? Les demandes de réservation pour le printemps 2022 dépassent déjà les quantités qui seront disponibles.

Brexit et mesures environnementales

Le Royaume-Uni, suite au Brexit, est l’exemple très préoccupant de ce qui pourrait arriver en Europe si la crise d’approvisionnement se poursuit : retard de livraison conséquents, rayons vides, pompes à sec, prix non maitrisables, main-d’œuvre insuffisante, avec en plus un regain de crise Covid. En Irlande, les producteurs horticoles, manifestent devant le Parlement. Cette manifestation met en évidence les défis actuels liés à la récolte de la tourbe horticole très règlementée et à son rôle central pour la filière. Les producteurs sont maintenant entièrement dépendants de la tourbe importée transportée dans des conteneurs qui n’arrivent pas.

Pour prévenir les effets de règlementations trop brutales, les organisations professionnelles dans tous les pays d’Europe vont devoir se mobiliser pour défendre leurs ressortissants contre des décisions environnementales précipitées par la pression climatique et sociétale. Elles doivent afficher une stratégie clairement communiquée et datée sur les principaux sujets qui affectent les filières horticoles : empreinte CO2, plastiques, tourbe et substrats, protection des cultures. Ces sujets auraient tout intérêt à être abordés à un niveau supra national.

Le retour des salons professionnels

Les mois de septembre et octobre 2021 ont marqué le retour des salons sous forme mixte, en présentiel et en ligne. Tous ont été des succès affichant la puissante dynamique des filières horticoles : Green is Life (Pologne), GreenTech (Pays-Bas), Groot Groen + (Pays-Bas), Iberflora (Espagne). Mais le style a changé : plus petits stands, plus d’espace et de moments de rencontre et d’échanges, des communications bien médiatisées sur les grands thèmes, la création d’une communauté virtuelle et réelle agrégée autour de l’évènement. Les nouvelles technologies de production, l’innovation variétale pour adapter les végétaux aux changements climatiques, la gestion de la donnée pour la production, la logistique ou le marketing ont la part belle dans tous les concours de nouveautés de cette année.

 

Les braises de la Covid ne sont pas encore tout à fait éteintes que la grande question du moment, dans pratiquement tous les pays, est l’équilibre à trouver entre le calcul d’un prix de vente particulièrement difficile à déterminer au vu de la volatilité des tarifs et le seuil d’acceptabilité de ce prix par les consommateurs, certainement bien disposés, mais qui ont également leurs limites de pouvoir d’achat.

Brand WAGENAAR

Septembre : La préoccupation environnementale prend la place de la préoccupation pandémique

Alors qu’à travers le monde, la filière horticole continue d’être affectée par des bouleversements d’offre et de demande suite à la pandémie, deux sujets marquent particulièrement l’actualité : l’engagement environnemental des entreprises et le manque de main-d’œuvre. Parallèlement, dans différents pays, les relations entre les maillons de la filière évoluent pour mieux faire face aux défis à venir.

Après dix-huit mois d’une pandémie mondiale, l'industrie de l'horticulture ornementale se retrouve dans une situation inhabituelle et assez contrastée selon les acteurs de la chaîne d'approvisionnement et selon les continents. Dans certains pays, les producteurs ont du mal à répondre à l'énorme demande de plantes d'intérieur et de jardin, stimulée par de multiples confinements et de nouvelles règles de « travail à domicile ». Dans d'autres pays, l'effondrement du marché de l'événementiel, des évènements d’entreprise aux évènements familiaux (célébrations, mariages, funérailles), a poussé de nombreux acteurs des filières à lutter pour leur survie. De plus, les flux et coûts logistiques peinent à revenir à la normale.

Priorité à la lutte contre le changement climatique

La lutte pour diminuer l’impact du changement climatique prend progressivement la place de la pandémie dans l’actualité ; elle impose de nouvelles règles, de nouvelles contraintes. La mesure de l’empreinte carbone de toutes les activités et de tous les produits va devenir un élément de concurrence déterminant pour ceux qui vont savoir et pouvoir la mettre en avant. L’université de Wageningen (WUR) aux Pays-Bas a organisé un consortium pour arriver à une norme uniforme standardisée (baptisée Hortifootprint) s'inscrivant dans le programme de la Commission européenne qui, depuis 2010, élabore ce type de normes pour 19 catégories de produits (produits laitiers, fruits et légumes, peinture, détergents...).

Pénurie de main-d’œuvre

La seconde grande préoccupation de cette rentrée, pratiquement dans tous les pays, est le manque cruel de main-d’œuvre, qualifiée ou non. Les acteurs du secteur logistique font leur possible pour trouver des chauffeurs. En production, dans tous les pays en Europe et en Amérique, le manque de main-d’œuvre qualifiée est préoccupant et la mobilité de la main-d’œuvre d’appoint s’est grippée. L’introduction et la progression des techniques high-tech en production change rapidement le niveau des compétences attendues. Pourtant, les métiers verts redeviennent attractifs, la pénibilité de ces métiers peut être contournée par les progrès très rapides de l’Intelligence Artificielle et de la « cobotique ». Toutefois, dans tous les pays, les besoins en formation pour adapter les salariés à ces nouvelles méthodes sont nombreux et urgents. Autre préoccupation en Europe : le peu de candidats à la reprise des entreprises pour en assurer la continuité.

De bonnes dispositions

Moins visibles mais plus prometteuses, les évolutions des relations entre les différents maillons des filières. Entre la production et la distribution, de nouvelles relations s’installent. Les difficultés logistiques et le manque de produits en sont la principale raison, mais on constate aussi une ouverture certaine à la recherche de situation gagnant-gagnant pour faire face aux nombreux défis à venir. Par ailleurs, les métiers de la finance regardent maintenant l’ensemble des filières ornementales avec bienveillance, mais surtout avec un intérêt croissant pour les multiples solutions que propose le végétal pour atténuer les conséquences du changement climatique.

Pour l’horticulture, les autres grands défis sont :

-Les recherches concernant le remplacement de la tourbe par des matières premières durables et renouvelables. Ce sujet fait l’objet de beaucoup de colloques et de réunions avec les instances gouvernementales pour tenter d’obtenir des moratoires, permettant de gagner du temps pour la mise en place de nouvelles solutions.

- Les recherches d’alternatives aux plastiques vont aller plus loin que le seul remplacement par d’autres matières et elles vont aussi remettre en question la disparité de dimensions des contenants pour l’optimisation du recyclage, de la réutilisation des contenants et l’automatisation des opérations de manutention. En effet, peu d’entreprises de l'industrie ornementale utilisent les dimensions universelles ISO 60 x 40 cm ou 30 x 40 cm. C'est la norme CC/DC pour les caisses ornementales 31 x 56 cm qui est utilisée. Pour optimiser, il faudra simplifier, sur quelles dimensions ?

Les pénuries de matières premières et de fournitures vont impacter les producteurs mais aussi les constructeurs de serres, pénalisant ainsi durablement la mise en œuvre des nouveaux projets. Par le passé, les constructeurs de serres étaient concurrents, mais poussés par les difficultés d’approvisionnement, ils s’engagent maintenant dans une concertation pour échanger leurs données de conception et de réalisation dans un système commun appelé Hortivation Hub.

Brand WAGENAAR.

Retour sur Cultivate'21

Développer une stratégie en matière de merchandising visuel, favoriser l’environnement à travers l’alimentation des pollinisateurs, augmenter la valeur perçue du végétal…. Voici quelques-uns des conseils apportés par les intervenants de la dernière édition du salon américain Cultivate de la filière horticole.

 

La dernière édition de Cultivate, plus grand Salon américain consacré à la filière horticole, s’est tenue au mois de juillet. Lors de conférences, les intervenants ont donné un aperçu de la situation des secteurs, des tendances dont certaines concernent également la filière française.

Parmi les interventions présentées dans Garden Center Magazine :

1. « L’art du merchandising visuel1 » par Joe BAER, co-fondateur et CEO de ZenGenius

« Après les plantes, l’élément n°1 que les jardineries peuvent offrir aux clients est l’expérience d’achat. » Il s’agit de favoriser la vente, célébrer nos produits, services et nos marques. » Rappelons que d’après une étude Kantar pour VAL’HOR et FranceAgriMer, 67% des consommateurs français considèrent que la jardinerie est un lieu d’inspiration.

  • identifiez vos cibles
  • mettez en œuvre ensemble une stratégie, planifiez-la
  • testez la stratégie et observez le résultat

 

2. « Se mettre dans la tête des jardiniers amateurs » par Bridget BEHE, de l’Université d’Etat du Michigan

Le docteur Bridget BEHE, professeur de marketing appliqué à l’horticulture, a présenté les conclusions d’une étude faite durant l’été 2020 auprès de 1 200 personnes de différentes générations (Génération Z, Millennials et Baby Boomers2) ayant ou n’ayant pas jardiné au début de la crise sanitaire.

« Les plantes sont devenues un refuge pour les personnes cherchant à améliorer leur santé de différentes façons. »

« Ce qui a poussé les consommateurs à jardiner ne fut pas tant le résultat final mais d’autres motivations, telles que recréer du lien avec les autres, sortir de l’ennui et améliorer sa santé (en cultivant sa propre nourriture). »

B. BEHE partage quelques idées pour répondre à ces attentes du consommateur :

Plantes comestibles : Aidez le consommateur à produire ses fruits et légumes en favorisant le dialogue. Dans les supports marketing, montrez des personnes représentatives des groupes d’âge et appréciant les plantes que vous avez.

Amélioration du lieu de vie :

  • apportez une dimension artistique aux contenants
  • associez différentes catégories de produits en mettant par exemple un arbuste à fleurs dans un pot ou des plantes aromatiques avec des fleurs et des plantes comestibles
  • favorisez l’environnement à travers l’alimentation des pollinisateurs
  • optez pour des contenants permettant un assemblage de différentes façons

Dimension sociale du végétal : Il ne s’agit pas d’une base de clients mais d’une communauté. Cet esprit de communauté en ligne autour des plantes ne s’affaiblit pas. Nous devons maintenir l’engouement du consommateur, cette tendance, explique B. BEHE.

 

3. « Le grand casse-tête » par Charlie C. HALL, Economiste, Professeur à l’Université A&M du Texas

« Les coûts des intrants augmentent, nous allons donc avoir besoin d’augmenter les prix pour maintenir les marges. La manière de le faire est d’augmenter la valeur perçue du végétal à travers le marketing, qu’il s’agisse des bienfaits économiques, des bienfaits sur la santé, de l’expérience d’achat ou encore des effets sur la qualité de vie. » Charlie C. HALL explique que les consommateurs ont davantage dépensé en plantes d’intérieur, prestations de paysage et fleurs quand ils étaient contraints de rester chez eux, mais que cette dépense ne se maintiendra pas au même niveau. D’où le rôle des professionnels du végétal de continuer à communiquer sur les bienfaits des plantes.

 

4. De la crise à l’innovation

Enfin, parmi les intervenants, Katie DUBOW, Présidente de Garden Media Group, est venue présenter les tendances 2022 du jardin, révélées dans le rapport annuel « Garden Trends Report » du groupe. Ces grands enseignements feront l’objet d’un dossier spécial diffusé dans un prochain numéro d’En Quête de Vert.

 

1Optimisation visuelle de l’espace en point de vente

2En France, la Génération Z correspond aux personnes nées entre 1997 et 2010, les Millennials correspondent à ceux nés entre 1984 et 1996 et les Baby Boomers sont nés entre 1943 et 1960.

Sources : Kate SPIRGEN, Get inside gardeners’ heads, Garden Center Magazine, 07/12/2021.

Kate SPIRGEN, The Great Conundrum, Garden Center Magazine, 07/13/2021.

Julianne MOBILIAN and Kate SPIRGEN, Together again, Garden Center Magazine, 08/09/2021.

En savoir plus

 

Hausse des exportations françaises de fleurs et plantes vers le Royaume-Uni au 1er semestre 2021

Sur le marché britannique des végétaux, le premier semestre 2021 a été marqué par la mise en place, à partir de janvier, de mesures commerciales dans le cadre du Brexit mais aussi par une demande en fleurs et plantes particulièrement forte.

15% d’augmentation des exportations françaises au premier semestre 2021 par rapport à 2020

Sur l’ensemble des catégories de végétaux (bulbes, fleurs coupées et feuillages frais, plantes d’intérieur, d’extérieur, arbres, arbustes), les exportations françaises ont cru en valeur de 15% par rapport à 2020 et de 0,5% par rapport à 2019. Les exportations françaises de végétaux vers le Royaume-Uni sont composées à 97% de plantes d’extérieur (87% en 2019) et le premier semestre représente 69% des exportations annuelles (donnée 2019). Derrière l’évolution globale au premier semestre 2021 se cachent des évolutions différentes selon les catégories : en valeur, les exportations françaises de plantes d’extérieur vers le Royaume-Uni augmentent mais celles des autres catégories diminuent.

Le Brexit impacte l’activité des entreprises britanniques

D’après Brand WAGENAAR, expert en horticulture internationale « Le Royaume-Uni connaît actuellement une forte demande intérieure en végétaux et de grosses difficultés de production, notamment en raison d’un manque de main-d’œuvre. Les Pays-Bas qui connaissent aussi une hausse des exportations vers le Royaume-Uni en 2021 ne pouvant répondre entièrement à la demande du Royaume-Uni, ce dernier se tourne vers la France. »

Du côté du Royaume-Uni, les exportations de plantes vers l’Union européenne ont diminué de 39% tandis que celles vers le reste du monde sont restées relativement stables.

Sources : Direction générale des douanes, FranceAgriMer.

Ron VAN DER PLOEG, Impact of Brexit sees the horticultural business export almost 40 per cent fewer plants to EU, Floraculture International, 15/08/2021.

 

Mois de juillet /août : l’actualité horticole internationale au fil de l’été

Les évolutions météorologiques atypiques et la résurgence de la Covid avec le variant Delta ont profondément marqué l’évolution horticole internationale durant cet été.

A l’ouest du continent américain et au sud de l’Europe, une canicule destructrice et persistante perturbe profondément l’activité et provoque des incendies majeurs. En Europe de l’Ouest et Europe centrale, des orages et précipitations anormalement fortes ont provoqué des inondations catastrophiques avec un temps plus automnal qu’estival. Dans l’hémisphère sud, au Brésil et en Afrique du Sud, ce sont les records de froid qui ont perturbé l’activité.

La Covid qui semblait avoir lâché prise en juin ressurgit en quatrième vague en juillet et en août avec son variant Delta dans toutes les parties du monde.

Les conséquences sur l’horticulture sont importantes. La production est perturbée depuis le printemps 2020. Pour commencer, il a fallu jeter en mars et avril 2020 ce qui n’était pas vendu, puis la demande a largement dépassé l’offre en mai, juin et juillet. Pour un bon nombre de produits, surtout en pépinières, les stocks n’ont pas eu le temps de se reconstituer, car la demande est restée soutenue au printemps 2021. Les conditions météo très difficiles et le manque de main-d’œuvre causé par la résurgence pandémique ne favorisent pas le retour vers une production suffisante et retardent le rééquilibrage de l’offre et de la demande, même si cette demande s’est un peu tassée à cause des difficultés météorologiques de cet été.

Sur le marché de la fleur coupée, les problèmes logistiques et climatiques pénalisent la production malgré une reprise des évènements

En ce qui concerne les fleurs coupées, les difficultés logistiques persistantes, l’augmentation significative des coûts de transport et la détérioration des conditions climatiques ont pénalisé les producteurs en Afrique de l’Est et en Amérique centrale, principales sources de fleurs coupées importées. Dans le même temps, les évènements reprennent progressivement, donnant une chance certaine aux productions locales. Celles-ci sont vivement encouragées par des campagnes de communication générique, par exemple en Irlande et aux Etats-Unis.

Offre insuffisante de produits de pépinières par rapport à la demande

En ce qui concerne les pépinières, les problèmes sont bien différents. En raison d’un très bon printemps 2021, la demande supérieure à l'offre a généré des prix élevés pour toutes les espèces d’arbres et arbustes. Les nouvelles productions pour l'automne prennent plus de temps que les autres années, en raison du froid du printemps et du temps gris et pluvieux de l’été en Europe. Par ailleurs, le manque de main-d’œuvre disponible en raison des mesures sanitaires Covid n’a pas facilité les remises en culture. Aux Pays-Bas et en Allemagne, les professionnels sont obligés de servir temporairement les clients avec des espèces alternatives, car beaucoup de variétés ne sont plus disponibles. Si la consommation «ornementale» des particuliers reste soutenue et si la consommation «fonctionnelle» des institutions se poursuit, il va y avoir un manque considérable de produits, de variétés et de tailles dans toute la production européenne d'arbres.

Pour les plantes d’extérieur, vivaces, bisannuelles et annuelles, les évolutions de concentration et de consolidation des entreprises d’obtention et de production se poursuivent dans tous les pays d’Europe et d’Amérique du nord. D’importantes structures de production s’installent, mettant en avant les technologies les plus récentes afin de pouvoir afficher un bilan carbone le plus faible possible.

Dans tous les pays de production horticole, les principaux défis à venir se ressemblent : adapter les cultures et les assortiments aux changements climatiques, organiser une gestion préventive des déchets plastiques, trouver des substrats de substitution pour palier à la raréfaction progressive de la tourbe, faire face à la réglementation accrue visant à restreindre l’usage des produits phytosanitaires.

Les prix restent soutenus dans un marché porteur, les coûts de production augmentent très rapidement. La rentrée devra trouver un équilibre entre le maintien de prix de vente rémunérateurs et la maîtrise des augmentations des coûts de production et de commercialisation.

Brand WAGENAAR.

Retour sur le webinaire FloraCulture International sur la tendance des plantes d’intérieur

Comment capitaliser sur le succès actuel des plantes d’intérieur ? C’est la question à laquelle le webinaire organisé par le magazine FloraCulture International avec le soutien de l’AIPH le 30 juin avait pour ambition de répondre.

 

Une période très favorable 

La filière profite aujourd’hui d’un fort engouement des consommateurs pour les plantes, qui s’est renforcé avec la pandémie et avait déjà débuté avant la crise pour le cas des plantes d’intérieur. D’après Joseph ROBERTS, de ForemostCo Inc (Etats-Unis) qui avance une hausse des ventes du secteur de 25% au premier trimestre 2021 par rapport à l’an dernier, « il faut non seulement réfléchir à la façon dont nous gardons ces nouveaux consommateurs mais aussi la façon dont nous répondons à cette demande ».

Leo de VRIES de KP Holland (obtenteur), convaincu que ce haut niveau de demande se maintiendra, estime que c’est une bonne période pour investir dans des aménagements supplémentaires pour fournir à la fois de la quantité et de la qualité.

Deux enjeux à ne pas négliger : le niveau de production et le prix

« Il y a toujours des économies d’échelle associées à l’augmentation de la production mais il y a aussi un risque de surproduction ». « Nous devons regarder avec attention l’évolution des prix, compte tenu de la demande, mais d’une manière durable afin de rester compétitifs », rappelle J. ROBERTS. Si répondre à la demande constitue le défi de court terme, celui de long terme sera de garder tous ces nouveaux clients. Pour durer, il est essentiel d’être reconnu de façon sérieuse pour dépasser l’effet de mode (J. ROBERTS).

Des attentes sociétales qui influencent le secteur

L’enjeu du développement durable et celui du local ont également été abordés lors du webinaire. D’après J. ROBERTS, il convient désormais de chercher à concevoir une chaîne de valeur durable. Le marché de demain ne sera pas entièrement local mais certaines productions pourront l’être, en particulier grâce à la technologie.

L'opportunité d'une coopération tout au long de la chaîne de valeur

Il est nécessaire de bien comprendre le comportement des consommateurs pour que la filière puisse prendre les bonnes décisions. Il serait profitable aussi d’agir collectivement. « La coopération dans la chaîne de valeur est importante pour bien répondre à la demande. », souligne Leo de VRIES. Il convient également de mener des actions collectives pour promouvoir les plantes. L’amélioration du partage de l'information et la communication au sein de la chaîne de valeur contribueront aux pratiques écoresponsables, à la réduction de la perte de fleurs coupées, à la réduction de l’usage du plastique et autres ressources, avance Alice VAN VEEN de chez Royal Lemkes (Pays-Bas). La transparence dans la chaîne de valeur aidera à améliorer la perception du consommateur en matière de développement durable et de qualité des végétaux. Dans ce contexte, le marketing et ce qui contribue à raconter une histoire autour du végétal sont particulièrement opportuns, ajoute A. VAN VEEN.

Un rôle reconnu des réseaux sociaux dans la promotion de la filière

Nous bénéficions du succès d’Instagram car les plantes sont très visuelles et cela nous permet d’attirer de jeunes consommateurs, explique Michael PERRY, fleuriste et influenceur britannique (Mr Plant Geek). Il est important de rendre le végétal facile et chaque petit projet réalisable, par des conseils pour éviter les échecs. En outre, ces nouveaux consommateurs représentent une véritable opportunité d’évolution pour la filière car il est plus facile de changer de stratégie d’entreprise avec les nouveaux consommateurs qu’avec les anciens, ajoute M. PERRY. De VRIES recommande à la filière d’utiliser davantage les médias sociaux pour communiquer auprès des consommateurs en partenariat avec des influenceurs. « Le cycle de création de nouvelles plantes est plus long que celui des tendances de court-terme sur Instagram. Nous avons besoin de jouer un plus grand rôle pour influencer ces tendances ».

Sources : FloraCulture International, Webinar ‘How to capitalise on the recent houseplant trend’?, 30/06/2021.

Spence GUNN, Between pandemic and plantdemic, 05/07/2021.

 

Résumé du webinaire FloraCulture International (en)